De loin, il a deviné le campement, à cause des fumées, des chevauchées alentour. Il est de plus en plus tranquille. Sa respiration ralentit. Il a attaché son cheval dans la forêt de pins. C’est à pied qu’il progresse, c’est cela le meilleur, il rampe comme les chasseurs de jadis. Comme son arrière-grand-père qui ignorait l’usage du cheval. Il se relie à l’originelle lignée qui traquait le gibier comme le font le loup, le renard. Dans les coulisses, toujours à couvert, jamais de front, se glissant, ne poussant leur assaut qu’au dernier moment. Il s’est confondu dans la couleur des rochers. Il est devenu opaque et minéral. Mobile, immobile. Il a scruté les wigwams. Il s’est rapproché encore, presque au bord, enfoui dans l’herbe, entre les pierres. Il est au cœur de sa vraie vie. C’est là qu’il sait qu’il vit, qu’il sent sa vie essentielle. Comme si son sang battait au rythme de la terre, comme si la terre avait une pulsation qui passait sous sa peau. Il est immensément concentré mais c’est une lucidité qui le sature de volupté.