FAUX RAYON

Seule ligne ou pourtour

La lumière qui tombait du toit S’est arrêtée Sur son visage Il a dormi jusqu’au matin où il est mort Et personne n’a pu soupçonner sa présence Que le chat qui veille à son chevet

Et la lune

qui le regarde parfois Par la lucarne

Pierre Reverdy : Faux Rayon - La cadran quadrillé - in Œuvres Complètes T1, Flammarion 2010, page 828.

Vos témoignages

  • 12 février 2012 20:14

    Prenons en considération les deux mots séparément. « Faux » signifie par opposition au vrai, le mensonge, la ruse, l’imitation. « Rayon » signifie lumière. Le titre « faux rayon » prend une valeur beaucoup complexe. Tout dabord il oppose l’obscurité à la lumière, le non-dit au dit. Il y a une sorte d’inter-action entre les 2. Le faux dit ce qui n’est pas dit, ce qui ne se voit pas, ce qui est caché en nous, qui ne peut être dit ou qui ne veut pas être dit. Cette vérité intérieure qui ébranle quand elle est trop forte. Il met au jour. En dehors de l’adage, prêcher le faux pour savoir le vrai, on n’est pas loin. Ne dit-on pas faux-semblants, celui qui ruse, faux-fuyants, celui qui détourne ; le faussaire n’est-il pas celui qui veut s’emparer de l’autre. Qui voudrait se détourner de sa vérité ne pourrait y échapper ; elle nous rattrape ; le mensonge n’est qu’une esquive. Le rayon représente la lumière, mais l’on sait que l’entière lumière, l’évidence totale n’existe pas. Elle peut prendre la valeur d’une simple lueur, d’une éclipse, elle oblige à voir quand même mais de manière réfléchie, à voir ce qui est, ce qui a été, qui devient, qui est repris, qui est continué : car nous ne sommes pas « un » au sens de l’individu mais l’héritage d’un ensemble de vies constituées. Faux-rayon pourrait être la représentation de nos contradictions, de nos réflexions, de nos doutes, de nos certitudes.

    Bonnes vacances