Tu vois ? Tu as raison. A minha màe aussi .Je suis devenue la sauvagerie incarnée mais je suis aussi Florens. Pleinement. Impardonnable. Qui ne pardonne pas. Pas de pitié mon amour. Aucune. Tu m’entends ? Esclave. Libre. Je dure.

Il n’y a plus de place dans cette pièce. Tous ces mots recouvrent le sol. A partir de maintenant tu devras être debout pour m’entendre. Les murs sont un problème parce que la lumière de la lampe est trop faible pour qu’on y voie. Je tiens la lampe dans une main et grave les lettres de l’autre. Mes bras me font mal mais j’ai besoin de te dire cela. Je ne peux le dire à personne d’autre que toi. Je suis près de la porte et proche de la conclusion. Que ferai-je de mes nuits lorsque le récit s’arrêtera ? Les rêves ne reviendront plus. Soudain je me souviens. Tu ne liras pas mon récit. Tu lis le monde mais pas les lettres du langage. Tu ne sais pas le faire. Peut-être un jour apprendras-tu. Si c’est le cas, reviens dans cette ferme, sépare les serpents du portail que tu as fabriqué, pénètre dans cette grande et impressionnante maison, monte l’escalier et entre dans cette pièce qui parle en plein jour. Si tu ne lis jamais cela, personne ne le fera. Ces mots précis, refermés et grands ouverts, se parleront à eux-même. Tout autour, d’un côté à l’autre, de bas en haut, de haut en bas, à travers toute la pièce. Ou bien. Ou peut-être pas. Peut-être que ces mots ont besoin de l’air qui se trouve au-dehors dans le monde. Besoin de s’envoler et de tomber, de tomber comme des cendres sur des arpents de primevères et de mauves.

Toni Morrison-Un don-10/18