Qui es-tu femme à peau crépusculaire à peine humaine par ton ancienneté, Qui es-tu avec ta tête laineuse enturbannée tes pieds osseux et nus ? Pourquoi te mettre debout sur le bas-côté de la route et saluer les couleurs ?

(Alors que notre bataillon défilait dans les pinèdes sablonneuses de Caroline, Progressant pas cadensé en direction de la mer sous les ordres de Sherman le guerrier Du seuil de ta hutte tu es venue à ma rencontre toi l’Éthiopienne.)

Moi mon maître les années sont cent depuis qui séparée de ma famille, Toute petite fille, ils m’ont attrapée comme on fait une bête sauvage, Et jusqu’ici m’a amenée à travers l’océan le cruel marchand d’esclaves.

Ce sont là toutes ses paroles mais elle ne quittera pas sa place de la journée, Hochant très haut sa tête enturbannée, roulant ses yeux presque noirs, Par salut de courtoisie aux fantassins dont défilent les enseignes.

Ô toi femme du destin à peine humaine aux yeux fatigués, mais pourquoi donc, Oui pourquoi agiter en tout sens ton turban couleur jaune, rouge et vert ? Que vois-tu, qu’as-tu donc vu qui soit si étrange, si merveilleux ?

Walt Whitman : Feuilles d’herbes, Gallimard 2002.

Vos témoignages

  • michelle foliot 31 janvier 2013 11:19

    Que se cache t-il en chacun de nous ? Des vies pas toujours choisies, des évènements tragiques vécus : la guerre, l’esclavage, la brutalité, l’asservissement. Comment peut-on arriver à se relever de tels drames humains ? Le temps , seul, apaise les souffrances. L’homme est ainsi merveilleusement fait qu’il se remet étrangement du pire et qu’une lueur d’espoir est immanqueblement visible.