C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande (plus belle île au monde !) En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu’à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Dès qu’il se met à pleuvoir, les contours du monde s’estompent, de vagues points de repère se substituent à l’horizon. En fait, le pays tout entier est plus ou moins inhabité une fois passé le quadrillage des rues de la ville. Des étendues de sable noir, des champs de lave noire, l’océan noir tout près et le ciel noir par-dessus. Il est bon alors d’avoir un objectif. Pour l’instant, il consiste à appuyer modérément sur l’accélérateur et à tenir sa droite, sans jamais franchir la ligne brisée qui divise la route ; nul besoin de prendre de décision pour la suite, il n’y a qu’à s’enfoncer à la vitesse autorisée à travers sables et lave, dans l’avenir qui vient à vous tout aussi normalement que la prochaine station-service, aussi naturellement que la rencontre avec son futur mari qu’on trouve appuyé d’un air résolu au garde-fou d’un pont ; de telles choses sont déjà arrivées. En soi, ce n’est pas une petite affaire pour une femme que de rouler en tenant bien sa droite, car c’est la raison qui mène le jeu et pas le cœur.