« Loin d’eux est un pur acte de douleur et de littérature, Laurent Mauvignier tient ces six voix comme une seule, il donne la parole à chacun, chacun en use pour lui-même, parfois contre l’autre, une parole reconnaissable et pourtant chaque fois la même : cette écriture maîtrisée par l’auteur qui donne sans les écraser à ceux qui se taisent le moyen de dire, sans dénaturer leur malaise, sans que cette justesse d’expression cache toute l’impossibilité de parler. Au contraire, c’est dans la simplicité du ton, cette fausse oralité reconstituée, la discrétion des moyens littéraires disponibles, que Laurent Mauvignier invente ce registre de l’inconsolable, de la résignation désemparée, de la colère blanche, de la désespérance pétrifiée.

Tous ces mots tus, ces lèvres blanches tendues dans le silence, les ultrasons et les infrasons du langage articulé, Laurent Mauvignier a su les dire un à un, les réanimer sans forcer leur sens, les laisser se réchauffer côte à côté, pour dire cette douleur indicible, sans garantie de consolation ». Jean-Baptiste Harang, LIBERATION

« Comment dire le silence en littérature ? Comment exprimer cette impossibilité à parler qui tue plus sûrement qu’une arme ? Comment faire sentir avec des mots écrits, des phrases ordinaires, les tourments intérieurs de ceux qui, justement, ne trouvent pas les mots ? Il fallait à Laurent Mauvignier, auteur de ce bouleversant premier roman, autant de sensibilité que de maîtrise stylistique pour écrire l’indicible douleur du silence et le vide de la solitude. […] Rarement le monologue intérieur – si magistralement employé par Joyce dans Ulysse – avait à ce point trouvé sa légitimité littéraire ». Michèle Gazier, TÉLÉRAMA

C’est pas comme un bijou mais ça se porte aussi, un secret. Du moins, lui, c’était parqué sur le front qu’il portait une histoire qu’il n’a jamais dite. page 6

[…] comme si elle savait que les mots il ne faut pas toujours les croire, qu’ils ne poussent pas au bout, ne disent pas jusqu’au ventre les vérités qu’on éprouve. page 14

Car on rentre toujours à pied. Pas parce que passé une heure il n’y a plus de métro et que ça obligerait à ça, la marche, mais parce qu’il faut ce moment où être seul un peu éloigne de la solitude, et vous ramène profond en vous, là où à creuser vous trouvez un espace de repos. page 17

Comme avec les belles choses quand elles vous étreignent. La douleur qu’on a dans l’émotion et qu’on trouve un peu idiote, d’avoir mal là où justement c’est la douceur qui prend. Et puis la joie à dire des souviens-toi, ces moments qu’on aime, qu’on appelle pourquoi, dans nos têtes, si de vouloir les partager c’est seulement conjurer le sort de les savoir derrière soi. page 31

Les mots dans ma bouche ne viennent de nulle part. Ils naissent sur la langue et s’évacuent tout de suite au dehors, et, dans le monde qu’il y a entre nous trois il y a ces phrases où je me tais, parce que ces phrases là ne parlent pas et ne disent jamais rien de ce qui voudrait surgir. page 45

Et moi j’ai dit que les gens qui finissaient comme ça, les gens qui succombent à une envie trop forte d’en finir, eh bien j’ai dit, tu sais, Céline, ce n’est de la faute de personne, je crois que personne n’aurait rien pu, rien su faire ou dire, tu vois j’ai dit, ça travaille trop l’esprit de ceux qui finissent par le faire, en secret c’est là tout le temps, ils retardent peut-être, parfois, à cause d’un truc qui peut arriver, puis un beau jour on ne sait pas pourquoi, ils se tuent. page 61

Leur seul enfant, c’était leur seul enfant et chacun à sa manière avait le sien, avait son enfant à lui, sa vision de lui, les mots de Luc que chacun d’eux n’entendaient pas pareils, comme si ce n’étaient pas les mêmes, comme si de tomber dans l’oreille de Marthe ou de Jean ça les transformait, les mots de Luc, en un langage que seule l’oreille qui les recevait pouvait entendre. page 65

Nous quatre ce jour-là, arrachés au bruit du monde. Nous quatre ce jour-là, cloués par ça : Luc, lui, il n’a pas comme Céline trouvé la voix qui lui aurait dit : les autres pays. Nous quatre ce jour-là on s’étaient levés comme d’habitude, et la journée comme les autres suivait son cours comme on dit, suivait sa route et tranquillement sa route allait vers l’heure de ce point où la vie plus jamais ne serait la même. page 99

Vos témoignages

  • Véro 29 mai 2014 21:08

    Beaucoup de ces petits morceaux me parlent Rolande, il est à toi le livre ?

    • non Véro, je suis « tombée dessus » à la médiathèque de Ste Florine, je l’ai lu d’une traite, tu veux que je te le passe ? quand ? où ?