Cette proposition d’écriture est venue en ouverture d’un temps de formation sur l’animation d’atelier d’écriture et la création de la proposition d’écriture en particulier.

Proposition


§ Lecture de plusieurs aphorismes de Antoine Emaz : Lichen, encore ; éditions Rehauts. Écrire un ou plusieurs aphorismes autour de l’idée de « faire écrire ».

§§ Choisir un de ces aphorismes, le lire. Tous les aphorismes lus sont recopiés. Choisir l’un des aphorismes écrit par une autre participante et le tisser avec son propre aphorisme, déplier sa pensée, préciser, délier.

§§§ Relire silencieusement son texte. Écrire directement à la suite les objectifs que l’on se donne en animant un atelier d’écriture.


Les textes

Un être est un récipient creux, jusqu’au cœur.

Pour beaucoup d’entre nous, et cela depuis l’enfance, depuis même le temps de la gestation, s’entreposent des couches successives de peurs, d’angoisse, de négligence, de mal-être, de mal-amour, de convenances, de scléroses de l’être.

Ces couches forment des sédiments de plus en plus durs et compacts qui au fil des ans, cachent la beauté de l’être, la part première, le pourquoi nous sommes.

Certains s’aigrissent, les bras tombent le long du corps, les plis de la bouche n’osent plus esquisser le sourire. Certains en meurent. D’autres ont le cœur qui tambourine si fort que le cri monte, monte, monte….

Car tous, tous et sans exception, nous aimerions tendre vers la majesté de notre être. Son accomplissement.

Il suffit du chant de l’oiseau, du reflet d’un ruisseau, de la terre sous nos doigts, du regard d’un ami, d’un pinceau, d’une feuille blanche, d’une confiance, pour que les sédiments redeviennent des voiles légers qui se soulèvent et s’envolent…

Il se peut que j’existe quelque part et que ça ne soit pas pour rien.

et ça,
ça peut s’écrire.

Ça peut s’écrire au creux d’un conte, d’un roman, d’une fiction, d’un poème et d’une ribambelle de mots qui sortiraient en tortillons de nos puits respectifs.

Veronik


Tu y crois. Tu l’as senti et tu ne peux pas te tromper. Tu y crois. Elle va prendre sens, forme, couleur, chaleur. Elle va prendre sa part. Elle prendra sa part. Elle. Ses mots, sa main, les pierres. Ses mots, elle les offrira, elle les portera. Seule. Seule ! Tu y crois. Ses mots, sa vie, le vent.

Céline


Ecrire, c’est la solitude du coureur de fond. Faire écrire, c’est la responsabilité du meneur de jeux, c’est donner la possibilité aux partenaires d’écrire avec leur cœur, avec leur tête, peu importe, l’essentiel est ailleurs. Il s’agit d’être l’accoucheur de pensées et de mise en mots. Donner des clés concrètes, mais déclencher des rêves, révéler à chacun ses richesses. Ne jamais censurer, dénigrer, mettre en valeur les richesses de chacun, le tout en construisant, en bâtissant un cheminement clair, approprié à ses stagiaires, accessible à tous, quel que soit son mode de fonctionnement. Au final, il s’agit de bonheur individuel et collectif.

Simone


L’enfant transparent. Il est debout. Il tend sa main face au soleil. Ecarte les doigts.

Un doigt, puis l’autre… Petites ombres, à peine. Il écrit.

Un doigt posé devant la lumière, c’est écrire. Une lettre. Dix lettres sans voix. L’ombre de la main est-elle un mot ?

Tu prends sa main. Tu sais les mots.

Où est sa main ? Où, l’ombre ?

L’enfant est obscur. Il retrouvera sa main dans le noir. Il frappera la pierre. C’est son cri. Trop rapide pour les lettres.

Odile


Faire écrire

Donner envie de lire. Faire d’un écrivain un allié pour écrire à son tour, et faire que chacun puisse creuser son trou. Impulser le mouvement. Créer du lien pour poursuivre la route ensemble. Aider à aller là où l’on n’irait pas tout seul. Permettre d’éclairer des zones d’ombre d’où la lumière tout à coup, peut-être, jaillit. Prendre le temps de semer le doute d’aller ailleurs, de fouiller de déranger pour trouver son noyau d’écriture. Encourager les chemins de traverses, étonner, rester simple. Elaguer, ciseler, bricoler s’amuser innover risquer questionner respirer. Etre animateur d’atelier pour voir s’envoler.

Muriel


Je me vois passeur, du sombre à la lumière, Ma présence, mes mots, je te les donne pour t’aider à ouvrir l’écoutille, Oublier la timidité de la main, de l’intellect, Écoute moi, écoute toi, prends le risque d’écrire ce que tu ne peux pas dire…. Je ne suis pas juge, Je ne suis pas psychologue, Je te connais peu, Peu importe, Personne d’autre que toi n’actionnera le stylo, Mais je suis là, à tes cotés, un peu phare, mais dans l’ombre… Guide tacite du fil bâtisseur de tes pensées, de tes envies de lumière…. Faisons fi de l’autocensure, du consensuel, Laissons nos vagues particulières déferler sur le rivage que nous aurons choisi…..

Irène


Dire, écrire, se souvenir, anticiper, déformer, décrire, se décrire, raconter, se raconter, se livrer quelque peu, donner sa version, révéler un espoir, éviter de décevoir, se dire tout simplement. Vouloir, résister, s’interroger, oublier, renoncer…. Et puis ZUTOSER…. Eux, ils sont là, autour de la table, un crayon à la main unis dans un silence d’airain , eux, les écrivants d’un jour, d’un soir ou de toujours bourrés de talents, de désirs, impatients de se lancer, parfois au contraire tétanisés car terriblement angoissés ; Une seule question taraude l’animateur : comment permettre ? Comment favoriser ? Car il faut bien l’admettre, l’obstacle majeur est toujours le même partout et toujours pour tous : cette maudite PAGE BLANCHE.
- Que dire ? Pourquoi écrire ? Se demandent les plus timides.
- Vite, vite, nous sommes pressés.. disent les habitués. L’animateur, toujours lui, tel un chef d’orchestre, prend alors son temps sans se laisser impressionner. Sa proposition est prête. Il aimerait rassurer les premiers, leur dire de ne pas s’inquiéter ; il aimerait freiner les seconds : il n’y a pas le feu au lac …Alors, il réfléchit : va-t-il intervenir avec son cœur, porter chacun du regard, comme pour les encourager et les guider tendrement, doucement ou va-t-il feindre d’ignorer ce qu’il ne connait que trop et les faire écrire avec sa tête au risque de les bousculer un peu ? Peu importe, l’essentiel est ailleurs : la seule chose qui compte à ses yeux est de distribuer ses propositions mûrement réfléchies avec un soupçon d’amour, et un zeste d’intelligence, comme le lui commandent son cœur, son âme et son esprit, pour que ces artistes talentueux n’aient jamais l’impression en sortant de son atelier de n’être que des ECRITS-VAINS.

Geneviève


Parier : un être humain est un récipient creux plein de mots. Tu es corps empli de sédiments. Quand on secoue la tête, elle est pleine de grelots n’est-ce pas ? Espères-tu mettre au jour, ce qui est tu, celé, scellé, ce qui est tenu fermé ?

PAS / BON / À / DIRE

Cacher un peu la lumière du jour. Les yeux fermés. Tendre l’oreille au filet d’eau de la musique intérieure. Jusqu’au blanc du papier ?

Partage, bien ensemble / découvrir des textes / aimer la langue / chacun à sa place / mécanique de la langue / chacun a sa véritable place / chacun a sa voix / la donner à entendre / l’offrir aux autres / une place pour soi, entourée des autres / même table / se mettre à table : gourmandise des mots / découvrir des auteurs / nos propres moteurs à écrire : les trouver / Tout est prétexte à écrire / chemin de mots / chacun les siens / chacun sa façon de les agencer / de les triturer / chemin d’expression / chemin de liberté / droit à dire / droit à penser / droit à être / lire nos mots / les donner à entendre / mise en bouche /

Patricia


Allez ailleurs
aventurez vous dans un nouveau territoire
glanez des images en couleur
lustrez vos souvenirs
écumez les mots qui viennent à la surface de la peau
mélangez le tout dans le récipient creux de l’être en résonance
timidement péchez en un en pardonnant à l’hameçon son choix

vous obtenez une pâte réconfortante ou pas il faut la digérer avant que le stylo crie.

Marie Paule


Bien-sûr, il y a tout ce fatras de matériaux que tu connais déjà : échecs, amours, enthousiasmes, projets, grandes rencontres et petites trahisons : balises du récit trop connu de ta vie qui tourne en boucle dans ta tête. Et, à côté, ce précipice qui te fait peur, mais il est là et il t’appelle aussi. Il a peut-être la forme d’une rivière tempétueuse ou celle d’un large fleuve puissant. Comment marcher sur l’eau ? Ou traverser cet immense désert de cailloux ? Une brise fraîche ou un vent brûlant. Une pierre qui saille. Un souvenir insistant ou une image fugace. Allez, essaie, pose-le sur la page. Voilà ce mot incongru qui frappe à ta porte. Le gardes-tu, oui, non ? Va-y, c’est brouillon.

D’écoute intérieure en essai hasardeux ou en tentative inhabituelle, la main cherche le chemin… et elle le trace au milieu des ratures. Elle ouvre une piste et ton texte s’écrit.

C’est celui d’aujourd’hui.

Voilà, tu as traversé, tu es de l’autre côté. Au beau milieu de ta vie.

Isabelle


Vos témoignages

  • 21 novembre 2013 18:17

    épatant !!!! quelle travail, quelle écriture.

    quel plaisir de lire vos textes Bravo

    Françoise