Proposition d’écriture réalisée à Cunes par Véronik Leray, lors d’une journée conviviale où certaines des membres des tisseurs se sont essayées à l’animation.

Proposition


1/ Lecture d’un extrait de « L’attrape-cœur » de J.D Salinger p 234.

2/ 1re écoute de « Nothing else matter » de David Garett

Ecrire le mot « Disparaître + 6 autres mots que la musique nous inspire.

3/ 2e écoute de la musique.

Sur une feuille vierge, écrire la première phrase de notre texte qu’inspire cette musique.

4/ On échange les feuilles avec les autres participants.

5/ écriture d’un texte, inspiré de cette musique, poème, nouvelle, récit…contenant les 6 mots et commençant par la phrase d’un des autres participants.


Les textes


Le violon d’Eléonore

Le jour tombe et je regarde les vagues de plus en plus violentes.
Bientôt la nuit et Eléonore ne sera pas là.
J’ai beau crier son nom, l’écho ne me renvoie que mes fantasmes.

Je me calfeutre dans mon imper.
Je tente de disparaître moi aussi dans la tempête.

Les voix montent, tourbillonnent, m’entourent.
Une pléiade de voix, celle de tous ces disparus, de tous ceux que je n’ai plus.
Elles montent, elles enflent, comme cette vague au dessus de moi. Je vais être submergé, dévoré, enfoui.

Et non, je ne suis que lavé, épuré, épuisé sur cette plage de galets. Seul depuis trop longtemps.

Il n’y a plus que ma voix, mon cri…

Le calme est revenu.

Juste au loin ce violon.
Celui dont jouait Eléonore.
Qui n’existe plus que dans ma tête. Entre mes deux oreilles.
Et dans mon cœur, le battement du sien, que j’ai gardé bien précieusement…
Pour ne pas qu’il s’arrête…pour ne pas qu’il s’arrête….

Véronik


Je ne me souviens plus du temps qu’il faisait ce jour-là, je sais seulement qu’il ne pleuvait pas ce jour-là, le jour où je t’ai rencontrée pour la première fois.

Je ne me souviens plus mais je crois que j’ai plané, mon corps avait des ailes ce jour-là Je me souviens avoir vu le monde avec une légèreté toute nouvelle ce jour-là, le jour de notre rencontre Je ne me souviens plus exactement, ni comment, ni pourquoi Mais je me souviens que nous avons pris la route ce jour-là main dans la main Tu te souviens ? Nos pas nous ont guidés vers ce sommet tout rocailleux je ne me souviens plus bien lequel Nous l’avons gravi en courant ce jour-là Je me souviens de notre danse dans le vent là-haut Nous dominions le monde nous moquant de tout ce jour-là Juste ce jour-là Je me souviens qu’ensuite la vie nous a vite happés Nos balades se sont espacées T’en souviens-tu ? Pour finir par disparaître A tout jamais Je sais que tu t’en souviens !

Mariane – Cunes 6 mai 2012


“Assis sur un banc, je serai là, accroché, cerné de toi, je t’attendrai.” C’était le message que tu as laissé sur le répondeur ce jeudi-là. Comme une empreinte de toi gravée sur la puce électronique de l’appareil. Moi, je n’en peux plus de toi, submergé de ta présence qui m’envahit message après message, mail après mail, courrier après courrier. Tu voulais renforcer nos liens, partir à l’aventure de la vie avec moi tu disais. Moi, je n’ai jamais voulu m’arrimer à quelqu’un, je chéris mon indépendance, mon temps disponible. Le téléphone retentit trois fois. Je sais que c’est toi. En moi, remontent les réminiscences des mots de ton dernier courrier : entremêlement de pensées intimes que je ne parviens pas à dénouer. Je ne veux pas de cette vie de suggestions, de possibles rêvés, d’attentes à combler. Je ne viendrai pas quel que soit le nombre de sonnerie du téléphone. « Je veux disparaître de ta vie, tu entends ! Laisse-moi disparaître ! » Je m’entends hurler debout contre la table de la cuisine. Je ne tiens plus enfermé chez moi, prisonnier de tes appels. Rentrer les pieds dans les baskets, dévaler les escaliers et pousser la porte vitrée du hall d’entrée. J’entends les battements accélérés de mon cœur dans ma tête. Courir et suivre le chemin devant soi. Courir. Courir. Courir.

Igor


Pourquoi tant de mystère dans ce désert lunatique ? J’ étais debout au bord des vagues de dunes. Elles se déroulaient jusqu’ au désespoir. Combien de temps encore resterai-je prisonnier de cet empire de sable mouvant ? Combien de kilomètres pourrai-je encore parcourir sans eau, sans nourriture et sans boussole ? Dans ce labyrinthe minéral, pas la moindre petite fleur d’ espoir. Pas le moindre arbrisseau pour échapper à la morsure du soleil, des griffures du vent. Marcher. Marcher encore pour me donner l’ illusion d’ être encore en vie. A part le sable baratté par le vent, tout semblait tari, desséché pour toujours. Le ciel, immuablement bleu, figé. L’œil du soleil, incandescent. "Si je m’ arrête, c’est fini. Le sable me remplira de ses grains d’ or comme un silo. Me recouvrira imperceptiblement comme un linceul. Je disparaîtrai sans laisser de trace.Comme si je n’ avais jamais existé. C’était donc ça la vie. Une vie tellement infime,ridicule,minuscule. Une goutte d’ eau dans un océan.

Je commençais à délirer. Bientôt, les dunes s’ animèrent.Maintenant,elles galopaient à bride abattue comme des cavales exaltées. De leurs naseaux écumants jaillissaient des vagues spumescentes. Je rêvais de verdure luxuriante, de bains voluptueux dans des fleurs géantes. De cascades puissantes, de sources fraîches où je m’ abreuvais à satiété. Je voguais sur des nuages lourds dans des ciels à la Vlaminck, Je dansais nu sous des pluies diluviennes, des cataractes intarissables. J’étais assis à la terrasse d’un café où l’ on me servait des eaux pétillantes. Je dormais même dans des igloos sur des lits de glaçons .

Le sable me cinglait la peau. Mes paupières étaient meurtries, mes lèvres desséchées par le vent, mes oreilles remplies de sable comme des coquillages. Et pendant que le sable s’ insinuait en moi par tous mes orifices, ma vie, elle,s’ écoulait de moi comme d’un sablier. De plus en plus vite. Trop vite. Je voulais retenir les dernières gouttes. J’ étais tétanisé par la peur, je n’ avais plus de larmes pour pleurer. J’eus une dernière vision incongrue : Une silhouette grossissait dans mon champ de vision.C’était une belle Amazone sur un fier dromadaire . Elle allait ramasser mon corps agonisant et le ramener dans une verte oasis… Sa main fraîche se posa sur mon front.

"Là, là,tout va bien, tout va bien mon petit.Je suis là. Je crois que tu as fait un mauvais rêve."

Danaï


Elle se souvient de ces notes de musique enivrantes. Cette musique qu’il lui avait fait découvrir, lors de l’une de leurs premières nuits d’amour. Elle était jeune venait d’un univers sans musique, lui beau, si beau, plus âgé, plus cultivé. Ils étaient amoureux. Il avait mis cette musique et lui avait dit « tu verras ça va être encore meilleur »

Les années ont passé, la vie s’est étirée, la musique est restée et son amour pour lui aussi. Lui s’est lassé, a vieilli s’est désintéressé d’elle. Il ne lui fait plus l’amour.

Parfois, elle remet la musique, ces notes de musiques enivrantes ; elle dit « tu te rappelles » tente de se pelotonner contre lui. Il hausse les épaules. Hier il a même dit : « encore cette musique grinçante ! » et il est allé s’enfermer dans son bureau et n’est pas revenu dormir avec elle. Elle aurait du arrêter, ne plus écouter cette musique, ces notes de musique enivrantes. Mais elle n’a pas résisté. Ce soir encore elle l’a remise. Il a frissonné, a semblé se recroquevillé. Au paroxysme du morceau, il s’est levé d’un bond, vite vite, il est allé dans la chambre a jeté des affaires dans un sac, vite vite, il a pris sa sacoche, ses clefs de voiture et il est sorti. Sur le pas de la porte il s’est retourné, l’a regardé et a dit calmement et fermement

Je suis disparu

Et il refermé la porte sur elle .

Pourquoi ?

Pourquoi écoute-t-elle encore ces notes de musiques enivrantes ?

Bernadette


Soudain il s’élança dans le vide, peuplé de lourdeurs et de questionnements. Combien de fois avait-il songé à disparaître ? Pourquoi justement aujourd’hui ? Alors que l’orient teinté d’orange laissait présager ce grand beau temps annoncé depuis plus d’une semaine. Pourquoi ? Alors que le son de la flutte résonnait dans l’appartement, ce tempo sans lequel il avait du mal à trouver le sommeil, ce tempo qui, à lui seul remplaçait toutes les médecines, et, en plus, il allait en tombant rejoindre cette foule qu’il abhorrait. Alors, POURQUOI ?

Colette