Proposition poétique autour du sonnet ou plus précisément du désir de faire sonner la langue en quatorze vers. _Valérie Rouzeau et son travail d’écriture dans Vrouz a fortement inspiré la création de cette proposition d’écriture. La proposition a aussi profité des expérimentations d’ateliers poétiques de Philippe Berthaut et de son désir d’une chaufferie de la langue.

La proposition : Faîtes « sonner » !

Piste 1 : Faire subir une fragmentation aux mots « écrivons » et « Massiac » (ou Langeac). Créer un lexique avec chacun des deux mots.

Piste 2 : Écrire une ode à « écrivons à Massiac (ou Langeac) » Écrire ce texte en n’utilisant que les mots du lexique de la piste 1 en ajoutant des mots outils articles, prépositions… Écrire impérativement en 7 lignes (ou 7 vers).

Piste 3 : Poursuivre cette ode. Fracturer le texte précédent en insérant un vers entre chaque vers sans contrainte de lexique. Le quatorzième et dernier vers peut être écrit soit en début, soit en fin de poème. Accueillir le sens qui surgit et rester au plus près de ce qui sonne. Fracturer avec la contrainte du dispositif : « marabout – bout de ficelle » : la sonorité de fin de vers est reprise au début du vers suivant.

Les textes

Croire que nous créons en rond une veine de sève
Sévère et douce dans ses mots pour ce qui est
Et oser cette envie de sons roses et cassis
Syllabes qui disent la ville et l’instant, sèmes rivés
Rivés à leur cire, sonner d’hiver à mai des noces de vent
Devant, au présent, vanter la beauté ou la nostalgie, sans oukase
Quasi amis, on sait les cimes où crève ce que l’on aima
Aima et aima, sans fin répéter ce que lie le « et »
Et l’on sème sur les rives le rêve de l’écir
Cire donc pour qui creuse, vertiges et cris,
L’écrit sait la série des nuits, cirons noirs
Noirs comme la peur à vaincre, écrire, écrivons
Écrivons la messe d’une vie
Vibrante de ce que taisent nos silencieux souffles de lettres

Nathalie


Un ange né dans le soir
Soir où tu m’a dit un mot
Au coin, vers l’angle
L’angle mort où à chaque fois tu me mens.
 
En novice de la noce,
Nostradamus en leva un cil, 
Il enlaça le rosier !
Osiez vous me faire danser autrefois ? Aller dans l’au-delà ?
 
De la veine, la sève…la rosée,
La rose et le lilas tout comme.
Comme du sirop de canne.
 
Canebière et cancrelats…du vertige !
 
Du vert comme de la craie cirée.
S’y restitue, tendue, comme la peau d’un ange, ce soir, mon amour.

Véronik


Le galant, le lac et les anges.
Rions de nos noces,
Noces que nous décrions,
Crions dans nos langes,
Anges et avirons.
Virons la cage des anges,
Range le sifflet
Et le soir sur le lac
L’accord de si de la.
La rive nage, les cives gèlent
Aile du poisson.
Le son du glas agace
Qu’à ce point, régalant,
Le galant vire les anges,
Les anges passent …

Colette


Créons l’envie, écrivons
on vit, on voit, on y croit
crions nos rêves et notre sève
évitons de miser sur la rive
version rose ou noire
rêvons le son
sonne le cri de l’âme
amie, sa voix vient
instant comme noces d’or
d’ores et déjà amer
roc sec ou voix noyée
noyons la page de mots
ocres dans l’écrin de nos envies
vivons pour écrire, écrivons la vie.

Rolande


Rêvez serein et aime
mai est là tout vert
vert comme le blé qui lève
lève-toi et regarde le noir cassis
 
Assis devant l’ocre du mas
Masqué par la glycine pleine de cancrelats
las hélas voici venir l’hiver et ses écirs
cire d’or ton regard sur Massiac sans âme

Lucienne


Nous voici les amis, assis comme les chevaliers
Ecrivons nos versions, nos rêves, nos envies
Liés par nos projets, le présent et notre devenir…
Vie sans air jusqu’à la nausée, ta cause est servie
Venir, sentir et respirer enfin l’air de la montagne.
Envie sève de la vie, ici le vent sait si c’est vrai
Gagne, jette ta hargne, va maintenant, va de l’avant.
L’ivraie, les riens et les masques noirs vont se noyer,
Vents du sud, du nord en soufflant les ont fait chavirer.
Oyez ! Oyez ! A Massiac nous écrivons et nous rêvons,
Virez de cap, venez autour de cette table plein d’espoir
Nos sacs, amas de nos cris, nous les versons. De sons,
D’espoir et d’inspiration, nous nous régalons à l’unisson.

Maïthé


Ni gel ni glace ni lac… une rive
Ivres de mots… de nous soyons sûrs
Sur la cale rêvons d’écrits ronds et lents
Lançons sur la page des phrases retournées … détournées
Nées d’un cri, nées de si…
Silence… page blanche… lève le camp
Quand le son du cri s’écrit
Ecriture…. alors c’est pour quand ?
Quand le glas lance un cri à soi
Sois à l’écoute… surtout si ça dérange
L’ange dans son coin… rit
Rimes tes vers bouscules tes idées
Et ton écrit se cale… coi…
Quoiqu’on fasse il te dépasse

Mariane


Ode à Langeac
Rêvons à Langeac aux rives galantes
Les pentes joyeuses au fleuve se noient
Les oies y nagent comme des anges
S’épanchent et valsent aux tourbillons
Rions virons aux sons lents des âges
Pages et rois aux bras des Belles dansent
Quand le gel sévit, vois la veine qui s’ encage
Elle enrage et se cabre, secoue sa glace
S’ agace dans un cri , on enferre ses rêves
Sur ses grèves enchaînées,où sa vie se perd
Le cerf erre dans l’ or de la ronce
Semant ses brâmes aux échos moroses
Eros reste coi quand sonne le glas.

Danaï