En amont de la rencontre du poète Joël Vernet, cet atelier d’écriture à questionné la création du texte, ses blancs et ses coutures, en s’inspirant du travail d’écriture de l’auteur, plus particulièrement de son recueil : La peur et son éclat, Cadex éditions, 1995.

Proposition


§ Lecture d’aphorismes piochés chez Antoine Emaz (Lichen encore), puis écrire un aphorisme sur le thème de la peur. Chacun lit son aphorisme.

Lecture d’une sélection de formes aphoristiques du recueil de Joël Vernet. Choisir l’une de ces textes, le copier sur sa feuille. Écrire un texte qui rassemble et déplie les deux aphorismes collectés (le sien et celui de J. Vernet).

§§ Lecture d’une autre sélection de bribes du recueil de Joël Vernet. Écrire une bribe qui fasse briller l’éclat de la peur. Effleurer la peur sans utiliser le mot "peur".

§§§ Coudre, ajouter, ajourer… Écrire un texte. Utiliser les bribes écrites précédemment, ajouter de nouvelles bribes (aphorismes, "textes qui délient", éclats de peur). Coudre ensemble, ajuster, faire tenir. Temps d’écriture : 30 à 40 minutes. Lecture des textes et retours.


Les textes

La peur

Avoir peur lui donne froid…d’où le châle, linceul aux belles couleurs…

Faire le choix du grand pas, ou bien s’arrêter au bord d’un abîme inquiétant duquel elle ne remonterait pas…

Ou encore s’enfoncer dans l’implaccable routine du jour fade accroché au jour blême qui précède, sans élan, sans éclat, sans sa voix.

Elle ne saurait dire si sa peur provient du passé ou du présent. Elle est sûre, pourtant qu’elle sera désormais son futur, quoiqu’il en soit.Evidemment, inéluctablement…

Sa petite est là, pâle, immobile… Son ours sali, posé près d’elle.

Cécile


Voilà le quotidien : avoir la réaction inappropriée au moment le plus inapproprié. L’ambiance se fait lourde. Rechercher sans cesse des réponses, jamais oser formuler les questions. Chercher dans les mots comme un encouragement, la guérison d’un mal être. Une âme malmenée au gré des interrogations. On s’y perd. Quelle perfidie jamais se trouver à la bonne place. Pourtant y trouver du plaisir. Les souffrances ressenties seront intenses mais uniquement intellectuelles. Les réactions physiques ne se feront pas attendre. Tel un sportif se préparant à relever le défi d’une vie. Souffrir mille morts pour un instant de bonheur ou de déception. La peur s’invite partout.

Sylvie


Maman, c’est quoi la peur ? c’est comme quand tu aimes, c’est quand ton cœur bat plus fort. Tu as peur du loup, t’es-tu demandé si le loup a peur de toi ?

La peur et ses ricochets

Il a freiné, il a braqué, pour éviter celle qui traversait. L’avant de la voiture enfoncé dans un poteau télégraphique en béton, pour éviter la mort peut-être d’un piéton. Le pare-brise a volé en éclats, ce fut comme le dernier bouquet d’un feu d’artifice, une pluie d’étoiles filantes. Qui a eu peur de quoi en ce si bref instant ?

Une ligne de métro à Saint Pétersbourg, à l’heure de pointe. On ne sait plus lire. Se rappeler du son du nom de la station où il faudra descendre, sous peine de se perdre dans les profondeurs d’une mégapole inconnue. Ouvrir grandes les oreilles avant chaque arrêt, le cœur battant chaque fois plus fort. Si fort que l’on croit entendre mal, ou ne plus entendre. Peur de vivre l’inconnu, d’être l’inconnu dans la ville… « Makakovskaya » …oui kovskaya, c’est bien ça…On descend, le cœur explose. La peur n’est pas le contraire de la joie. Et le lendemain, on ira plus loin. « Kirovski Zavod »… Peur de ne pouvoir vivre sans inconnu.

Vivre seule ? Après quarante années de vie partagée ? A qui faire à manger ? A qui parler ? Avec qui se chamailler ? Qui écouter ? Qui consoler ? A qui demander… ? Peur du regret ? Oser ! Le risque est pris. En vaut-il chandelle ? La peur n’est pas le contraire de la joie. La joie peut exalter la peur, même celle de la solitude.

Elle enseigne le latin depuis un tout jeune âge. Chaque journée est un défi, le corps somatise, tambourins au cœur, cyclone au ventre. Orgie de doutes. Insomnies récurrentes. La récompense : parfois des yeux qui brillent en l’écoutant. Oui, la joie peut exalter la peur !

Rolande


La peur peut rendre muet, elle se lit dans le regard.

Marcher ne pas s’arrêter de marcher bifurquer se noyer dans la foule mais pas trop regarder derrière soi vérifier sa présence accélérer le rythme de la marche sentir qu’il suit - encore - passer son bras par-dessus son sac ses sacs faire avancer les enfants plus vite le regarder pour le dissuader Lui ne lâche pas.

La peur se loge dans le ventre, quand elle est là il fait des noeuds

Quelque chose heurte le déroulé des heures des mots adressés nous fracassent, la menace d’une rencontre nous fissure, la méfiance s’insinue une voix intérieure chuchote. Une voix très faible, presque un murmure. On perd l’équilibre, ça vire au dedans. Est-ce la peur ou la colère ? Est-ce la colère qui masque la peur ou la peur tapie au profond qui refait surface ? On devient aveugle aux signes, embrumé. L’autour de soi se dissout, le dedans se raidit. Annexé.

Au moment de demander la clé à l’accueil, il réalise qu’il va être observé comme celui qui donne l’accès par des têtes avides de réponses. Lui même recherche la piste à suivre et se perd parfois. Comment faire front ? Son corps tout en entier en tremble.

Parler de la peur n’est pas s’en défendre. Elle revient à la charge aussitôt. Et plus forte.

La peur survient sans crier gare. Elle survient, nous occupe pour devenir l’unique présence. On tente de l’apprivoiser, de s’en défaire ou de l’ignorer. On tente de vivre avec, à côté, en allié. On lutte contre la peur de vivre ou plutôt contre la peur de ne plus vivre. On lutte contre notre propre finitude. On vit avec cette peur-là pour vivre.

Il est équipé d’une solide paire de chaussures montantes. De son pied, il tâtonne pour se faire une place sur le talus, il frappe pour déplacer les obstacles, pour écarter les branches épineuses. Ses mains passent d’une tige à l’autre pour saisir les objets de sa convoitise : les plus dodues des mûres bien noires. Ses oreilles restent aux aguets, en permanence. Elles redoutent le frôlement ondulatoire du rampant venimeux. Elles ont l’ordre de détecter l’animal aux crochets mortels avant qu’il ne lance son attaque.

Parfois la peur que demain ne soit pas un jour nouveau.

igor


La peur dans tous ses éclats. Vivre la peur contre la peur de vivre. La peur c’est quant on n’a pas de réponse.

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La peur, c’est quant on n’a pas de réponse. On se pose des questions, on les pose. On avance, peu déterminé, peu tranquille, peu serein, mais on avance. Sans réponse. Juste : on vit. On pose moins de question. On vit avec la peur, contre la peur de vivre.

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Est-ce qu’on peur dans le ventre de sa mère ? Est-ce que l’on sait qu’il va falloir y aller … et après ?

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  • Une histoire , un câlin, une histoire, un bisou … A peine un souffle :
    - tu laisses la lumière, dans le couloir ? » La voix de la peur est très faible. Tout juste un murmure.
    0o0

    La voiture glisse, s’arrête. Temps suspendu. Le cœur qui tape. Le souffle trop court. Le cœur qui tape. L’instant passe. Le cœur qui tape : tout va bien, tout va bien, tout va bien, tout va bien.

    0o0

    Quatre heures du matin. Le téléphone, le numéro qui s’affiche. La neige tombe, tombe, tombe toujours. Voilà. Et maintenant ?

    0o0

    Une foule sombre, compacte et silencieuse dans les rues du village. Au loin, le soleil teinte de rose les Cimes du Sancy.

    0o0

    La peur c’est quant on n’a pas de réponse.

Dominique


Avoir peur de la vie ou vivre dans la peur de la quitter ? Choisir ou subir ? La corde est solide, la poutre aussi et ce soleil qui brille. Au réveil, les yeux s’ouvrent, on espère la vie mais on trouve sa peur. Hier c’était la course à la vie, poursuivi par la peur. Ce soir, plus un rêve de vie ! Maintenant je sais… Dernier jour, dernier soir, dernière heure : la chaise commence à se balancer doucement, ombre, lumière, ombre, lumière , allez un dernier effort….

Christiane


1. enfance avancer à tâtons naviguer à vue, les mains au devant de soi cherchent le chemin. Nuit au dehors ténèbres au-dedans et ce silence assourdissant. où est la lumière ? L’innommable, le monstre, il est là, tapi dans la nuit il se cache. Grognements et Puanteur. Chante petite ! chante dans le noir pour te donner du courage il faut te battre et l’affronter seule, tu n’as pas d’autre choix tu ne peux qu’avancer…

Il est possible que le monstre dans le labyrinthe ne soit qu’un tigre de papier, le décor en carton pâte de ton imagination.

2. guerre tes yeux qui me sourient et tes bras qui me tiennent enlacée

au dehors, la nuit zébrée d’éclairs feu d’artifice des bombes les hurlements des sirènes l’odeur du sang la mort à l’œuvre…

notre unique joie sera d’avoir vécu dans la peur

3. vie Ne pas savoir comment sera demain et vivre aujourd’hui pleinement. Accepter la lumière du soleil et l’ombre de la nuit. L’amour, toujours, comme un phare éclairant les ténèbres.

Rester vivant et se tenir debout, fort de ses faiblesses. Sans peur, pas de courage. Et il en faut pour être ce que l’on doit devenir…

Entre l’angoisse de mourir et la peur de vivre, nous sommes des funambules, et il nous faut apprendre à danser avec joie, sur le fil.

Hélène


La Peur nous submerge comme une vague. Il faut juste apprendre à surfer.

*

La peur. Peur de vivre l’inconnu et de pouvoir vivre sans inconnu.

*

La peur. Du plus longtemps qu’elle se souvienne, elle a toujours eu peur. Au début de son existence, c’était une peur d’enfant, innocente, grandiose, parfois enivrante. La peur nous submerge comme une vague se dit-elle. Plus le temps passe et plus la peur de vivre l’inconnu est présente. La jeunesse est sans peur disent-ils tous. Mais elle a eu si peur de cet inconnu, de cet ailleurs, d’un infini qui ne porte pas son nom. Elle sait maintenant : elle a peur de ne pouvoir vivre sans inconnu. Elle en a besoin. C’est une question de vie et de mort. Au fond, il lui suffit de penser qu’il faut juste apprendre à surfer. Mais elle sait bien que cette foutue peur, elle ne pourra pas l’apprivoiser.

*

Je regarde sous mon lit : il n’y a que l’ombre qui danse.

*

La peur a toujours un visage mais on ne le voit pas forcément. Ou on ne veut pas le voir.

*

Je sais qu’il est revenu. Il est là derrière la porte que j’ai fermée à clé. J’attends dans mon lit, les draps remontés jusqu’au menton que son ombre disparaisse.

*

La peur de ne pas exister, de ne pas se sentir exister, être transparent aux choses, à la vie.

*

Je ne voulais pas y croire quand elle l’a dit. Mais ça y est. C’est fait. La maison n’a plus de fondations, tout s’écroule et ce que je ne sais pas encore, c’est que la guerre est déclarée.

*

La peur est ma carapace. Il me semble qu’avec elle, je n’ai plus peur.

*

Je voudrai qu’elle me regarde, qu’elle me parle, qu’elle s’inquiète pour moi, qu’elle m’aime. Au lieu de ça, elle est assise dans mon salon, elle s’écoute parler, parler de tout et de rien mais jamais de l’essentiel. Je reste clouée à côté d’elle. Je n‘existe pas.

*

La peur, est-ce l’ombre ou la lumière ?

*

Il y eu ce trou noir, viscéral, indicible, cruel : ne pas être à la hauteur de sa petite et innocente existence, et même d’y être nocive, tel un poison visqueux et irréversible.

*

Vivre avec la peur contre la peur de vivre.

Marie


Avoir peur du vide C’est avoir peur du Rien.

La peur de l’inconnu, c’est comme la peur du vide, c’est avoir peur de ce qui n’existe pas, sauf dans l’imaginaire.

« Peur de vivre l’inconnu et ne pouvoir vivre sans inconnu. » Peut-on vivre sans imaginaire ? La peur de l’inconnu, c’est comme la peur du noir. Il suffit d’allumer la lumière ! Avoir envie d’allumer des lumières - Ouvrir des portes sur l’inconnu. Aller vers l’Autre. Il court vers les autres. « Il ne peut dire, il ne sait dire si sa peur provient du passé, du présent ou du futur ».

On peut éclairer le passé et le présent, mais le futur reste obscur. Obscur comme les longues nuits d’insomnie. Pourquoi les nuits sont-elles si longues ? Précipice de l’imaginaire, au bord des idées noires. Précipice de la vie, inconnu de la mort. Il traverse sur un pont de fil qui oscille sous ses pas incertains. Il doit apprendre à voler, à survoler ! « vivre avec la peur, contre la peur de vivre » Transformer l’imaginaire en imagination !

Bruno


« La peur. Peur de vivre l’inconnu et ne pouvoir vivre sans l’inconnu »

Même le seigneur de la jungle peut craindre son ombre.

Vouloir s’élancer, atteindre le sommet… Prisonnier de soi, le cœur en recul, il voudrait pouvoir passer sa mesure, découvrir l’envers de son paysage. Mais la peur est là, ombre insidieuse qui limite ses pas quand la démesure l’attire et l’affole. Le cœur s’accélère, tempo de la crainte, mais si vivant et peut-être audacieux…

La peur ramène chacun à sa plus petite mesure.

Comme c’était dur de courir plus vite, plus fort, plus loin, sans savoir s’ils étaient toujours derrière lui !

Avoir peur de l’autre, c’est avoir peur de soi.

Dans l’obscurité, au bruissement des feuilles mortes se mêlaient les battements de son cœur. Mais rien ni personne ne l’empêcherait d’y aller, sinon lui-même.

Parce qu’elle tentait de pousser le verrou, ses doigts douloureux lui rappelèrent sa faiblesse…

Les mains tremblantes, il alignait les dominos sur le sol, un à un, avec application, comme on construirait un rempart. La sonnerie du téléphone retentit…

Annick


La Peur
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C’est l’hiver, froid, rigoureux. Du buisson voisin s’échappe une famille d’oiseaux en une envolée joyeuse. ESPERANCE
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Après la pluie vient le beau temps.
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Rester dans l’action, s’investir dans un art de son choix, rester ouvert à la culture, à la découverte et laisser vagabonder ses idées, ses pensées. LE MURMURE
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Prendre une décision, accepter le regard de l’Autre, ne pas abandonner, avancer. Réussir. OSER.
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L’attention, l’écoute de l’Autre, tendre la main. Etre une oreille, un cœur. ACCEPTER.
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La - non reconnaissance par l’Autre
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La - non possibilité de retransmettre cette reconnaissance.
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La résilience possible… ou pas.
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La souffrance d’une mère à la venue de ce petit être puis la joie…, puis, puis les tracas quotidiens à gérer. LA VIE
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L’aïeul au regard vide. Regarde-t-il le passé, le présent ou le futur ? L’INTERROGATION
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La vie ; un puzzle coloré, morcelé mais complet au final.

M.Antoinette


La peur. Peur de vivre l’inconnu et ne pouvoir vivre sans inconnu.

Des vacances d’aventurier, c’était le programme qu’il avait mis sur pied pour ce mois d’août. Il avait décidé que ce seraient les Alpilles. Une semaine en autonomie complète, la tente et la nourriture savamment répartis dans le sac à dos. Il allait vers l’inconnu : tout était nouveau pour lui, flore, faune et habitants du cru.

La première nuit passée dehors dans la montagne avait donné le ton : la tente avait été montée à la hâte, à l’écart d’une piste peu carrossable, cachée derrière des buissons, le repas vite avalé, suivi d’une courte veillée à regarder les étoiles. Vers le milieu de la nuit, un bruit de moteur, une automobile. Bizarre dans ce coin si sauvage, si loin de tout. Des voix, deux hommes, des faisceaux de lampes qui balaient le paysage. Gendarmes ? Braconniers ? Trafiquants ? Il resta dans son duvet à imaginer le pire. La peur ne s’apprivoise pas, elle est là, ou n’est pas. Il s’était finalement rendormi avec son couteau de poche à portée de la main.

Dans la matinée, un berger de passage lui demanda s’il n’avait pas croisé sur le sentier une brebis et son agneau disparus depuis quelques jours.

Parler de la peur n’est pas s’en défendre. Elle revient à la charge aussitôt. Et plus forte.

Le bruit de l’hélicoptère, en vol stationnaire au-dessus de la forêt, au loin, lui rappela le vol d’un vautour, et d’autres images plus noires encore.

Il savait déjà ce qu’il allait trouver, là-bas, sous les sapins.

Christian


La peur de l’alphabet pour la nana analphabète commença au lit par : Ah Ah Ah ,,,,,,,,,,,,,,, !

La peur de ne pas savoir lire l’amenait quand même sur le chemin de la joie, celle de prononcer dans des draps de soie cette première lettre de l’alphabet : A !

Mais peur de ne pouvoir prononcer la suivante : Béééééééééé,,,,,, Pauvre petite brebis analphabete égarée.

Sur son parcours habituel de jogging, ce jour-là un bruissement de feuille, des branches qui craquent, une silhouette massive encapuchonnée en travers de son sentier, des mains qui s’agrippent se referment…

La voix de la peur est très faible, tout juste un murmure. Un cri étouffé. La peur du manque d’air comme un noyé. Un rideau noir enveloppe son cerveau, la peur de l’inconnu, quel inconnu ?

Faire la Une de la presse écrite, quelle revanche pour une analphabète : L’inconnue du bois des peurs découverte par un sapeur pompier, toujours pas identifiée. La piste criminelle ne fait aucun doute.

Elle reposait à la morgue, recousue en Y sur la poitrine, dans le box réservé aux autopsies, avec une étiquette attachée à son orteil gauche sur laquelle était écrit la lettre X/

Elle aurait été fière et pleine de joie d’être ainsi arrivée à cette lettre, la nana analphabète,

On sut plus tard qu’elle s ’appelait Yolande Zitoune, née sous X sur les bords de l’Aa. Qu’elle repose en P.

Alain


Elle venait de terminer son travail et trottinait de son pas alerte, la nuit était tombée ; la rue n’était plus éclairée, il n’y avait aucun bruit.

Elle ressentit d’instinct que quelque chose n’allait pas mais ne saurait dire quoi ! Cette peur infondée pourtant très faible et même transparente ne la laisse pas en paix.

Elle accèléra sa marche, ne prit pas la peine de se retourner, mais cette peur reste présente à son esprit et même si ce n’est qu’un murmure, elle se trouve dans l’incapacité de passer outre.

Qu’est ce que la peur ? Elle ne peut la nommer, la peur n’a pas de définition. Elle partit en courant.

Ne pas l’oublier mais surtout ne pas la cumuler avec d’autres. Soudain en face d’elle, au détour d’une rue, deux molosses lui faisaient face.

Elle ne peut dire, ne sait dire si sa peur provient du passé, du présent ou du futur ; mais elle ne sut que faire, que décider.

Vivre avec la peur peut aider à se dépasser, alors elle fonça au devant d’eux, et dans un grand mouvement s’arrêta net en criant « coucher ». La peur n’est pas le contraire de la joie. La joie peut exalter la peur et ce fut au tour des « agresseurs » de ressentir cette peur.

Son unique joie, en ce jour, sera d’avoir vécu dans la peur quelques instants.

Lucette


La peur. Peur de vivre l’inconnu et ne pouvoir vivre sans inconnu. Utiliser la peur comme un cocon protecteur, empêchant d’aller sans réfléchir vers l’inconnu : la peur, un réflexe de survie, premier balbutiement de la pensée volontaire (structurée), surgie des temps de notre préhistoire.

Minuit, du cinéma à la maison, de longues rues éclairées de loin en loin, les éclats des pas fermes, bien rythmés et joyeux sur le centre des pavés.

Une porte s’ouvre en pleine nuit, la silhouette en longue chemise blanche de la mère se détache sur la pièce totalement sombre. C’est la suite du film du samedi soir, au cinéma de quartier. Cette semaine : Dracula.

Vivre avec la peur contre la peur de vivre.

Simone


La voix de la peur est très faible, tout juste un murmure.

La fin d’un après midi orageux. Elle marche le plus vite possible, mais soudain tout éclate – des trombes d’eau, un vent terrible, il faut traverser le pont… Il faut se retenir au parapet. L’équilibre est précaire. La solitude n’arrange rien.

La peur est latente tous les jours, tout le temps on l’oublie, on la met de côté en se servant de notre imagination, de nos réserves (intelligentes) et heureusement on l’élimine

Oui, la voix de la peur est tout juste un murmure, mais ce murmure revient tout seul lancinant à n’importe quel moment, il peut repartir de la même façon selon « toi ».

Toute seule devant cette page qu’il faut remettre en invoquant une situation personnelle branlante – alors que je ne veux plus parler d’éclat – la situation me semble fermée et je reste sur le murmure.

Brigitte