D’entrée, l’auteure affirme une forme et un but, refuser l’écrasement. Ces poèmes ne sont pas désespérés ou désespérants ; ils disent avec force et à mi-voix le simple réflexe ou instinct de survie digne : « Tenir…debout ». Entre ces deux mots, c’est la vie qui coule, plus ou moins heurtée, plus ou moins facile. Antoine Emaz, note de lecture sur Poezibao.

Tenir journal de ses jours combats livrés ou siestes sable de rivière noter bruis- sements agitations en dehors de la maison inventorier les nuits sans lune tous les étourdissements debout.

Tenir boutique de nos im- pacts reçus visage autour des yeux troupeaux de bouches couvrant la bouche trous noirs milliers comme une mémoire levée debout.

Tenir bien droit le dos la tête comme un antidote au désordre envahissant les plis du corps de la cuisine et du bureau et maintenant le jour se lève une rose dépasse bergeronnette chante debout.

Tenir ses promesses et pa- role à tous les grains de sa mémoire moutons bêlant comme folie des rescapés jusqu’à l’usure des élans tremblés debout.

Tenir sourire devant colère et par-dessus les abattements fatigues frayeurs humeurs de grêle tenir sourire envers et contre tenir sourire pas faussaire milieu de toutes les pluies debout.

Tenir des livres dans ses bras voyagés là posés plan- tés poussant du sol piles renversées égratignées pa- quets de phrases portées debout.

Albane Gellé : Si je suis de ce monde, Cheyne, 2012, pages 11, 13, 17, 22, 26 et 37.

Vos témoignages

  • michelle foliot 26 janvier 2014 12:44

    Deux mots, répétés au début et à la fin de chaque strophe « Tenir… debout » comme une marque de la difficulté à tenir en équilibre dans le monde de l’écriture. Combien de découragements, à sonder, creuser dans sa mémoire, à braver le passé, la peur, la colère, la fatigue, mais aussi d’espérance, à ne pas lâcher, continuer, croire, à être là, se redresser, s’élever. Quelle plus forte preuve de sa détermination à vouloir atteindre le statut d’écrivaine.