Ce texte d’Albane Gellé est tout à la fois une adresse à un tu absent et un long monologue où le temps, la nature et les vivants prennent chacun leur place. Elle nous donne à sentir que l’absence physique peut être compensée par une omniprésence dans les « petites » choses de tous les jours. Elle nous dit qu’une présence rendue vivante au fil du temps, des saisons et des enfances qui se succèdent, est le seul atout de l’absence et le point d’ancrage des vivants. Avec elle, le lecteur imagine l’absent, accompagne les gestes simples et se souvient de ses propres fêlures. Note de l’éditeur

Tu voyages avec moi, tu n’es pas encombrant. Où que j’aille. // Tu te moques des grandes pluies, tu ne te perds jamais dans les labyrinthes, et tu n’attends pas ton tour au bout des files d’attente. Tu te fais oublier. Pendant que je m’affaire à fermer un manteau, à cueillir des cerises, à seller un cheval. Pendant que je t’écris des livres. // Je n’ai pas encore lu toutes les pages, rangées dans la grande chemise cartonnée beige. J’attends le jour où. J’emporterai tout ça dans une autre maison (la forêt sera au bout des doigts). En attendant quand je marche, je regarde les arbres, ils n’échappent à rien. Pluies, vents, brûlures, pas d’échappée possible. Plantés, et des repères. Tout à côté de nos effrois, nos fuites. Nos bousculades. Et toi, est-ce que tu es planté, est-ce que tu peux bouger, as-tu encore des raisons de paniquer.

Albane Gellé : Où que j’aille, esperluète éditions, 2014, pages non numérotées.