Le ciel est bleu c’est bien beau mais est-ce que ça suffit que nous faut-il donc que nous manque-t-il encore quand tout est là sous nos yeux

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tellement d’ailleurs à résoudre en soi que parfois ça déconcerte on se reprend très vite en général on relève la tête on s’en va un peu plus loin malgré tous nos détours on ne s’éloigne jamais beaucoup on est là avec ou contre on résiste

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les ficelles emmêlées avec des noeuds dans la tête ça ne la gêne pas l’écriture c’est pas qu’elle démêle elle démêle rien elle dit rien elle se laisse faire je me débrouille avec elle il y a pourtant de l’air autour mais chaque fois que je me mets à écrire c’est comme si j’en avais manqué pendant des siècles je respire j’écris comme si je me remettais à marcher après un accident une maladie ça peut arriver plusieurs fois par jour un accident une maladie c’est pas rien mais d’exceptionnel je n’écris rien d’exceptionnel les choses viennent et des mots se collent dessus dedans je m’en occupe je les accompagne un bout le désordre ne devient pas de l’ordre je ne range pas vraiment dans la langue j’essaie de trouver juste assez de lumière pour y voir clair quand ça arrive personne n’est là pour m’entendre de toute façon je ne dis rien

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les oiseaux tombés du nid quand j’étais petite ouvraient le bec retrouvaient des forces finissaient par s’envoler un jour aujourd’hui les oiseaux tombés du nid se nourrissent à peine meurent dès le lendemain sont-ils devenus fragiles ou est-ce moi qui ne sais plus faire les bons gestes

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la campagne n’a pas le succès de la mer ni celui de la montagne tant mieux moi les arbres les ruisseaux le vert de l’herbe je m’y enfonce à pied à cheval à n’importe quelle heure je ne rencontre personne

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après un certain nombre de mots un trop plein de conversations il faut que je parte me courir après histoire de voir si je suis là.

Albane Gellé : L’air libre, Eclats d’encre (première édition le Dé bleu), 2014, pages 11, 20, 28, 35, 70, 80.