Clémentine met la table. Une assiette, Prune mange à l’école. Le journal est posé à côté. Au centre de l’assiette une illusion de vacances au motif marin. Elle choisit un petit verre à pied pour un fond de vin blanc. Un petit instant suspendu pour trinquer avec elle même, à sa santé, à son automne à elle qui approche à pas lents et discrets, un reflet roux dans les cheveux. Mais pas de panique elle désapprend les peurs. Dehors le ciel nargue l’été de son sourire bleu et ravageur, un cadeau tardif comme un anniversaire oublié et enfin célébré. Il va falloir bientôt apprivoiser la nuit précoce.

Je vais m’organiser et ne pas remettre à demain. Descendre le petit bureau et l’installer ici près du chauffage avec la lampe orange. J’ai du temps, le jardin se repose. La lenteur est annoncée. Même si j’ai du mal il faut que je m’installe dans ce nouveau rythme, comme la reine des ourses. Des soirées chocolatées en perspective et des odeurs de cake, voilà qui est raisonnable ma fille !

Je n’aime vraiment pas les tables rondes, je ne sais pas où m’installer, je perds la boussole mais je ne me soupçonnais pas aimant les angles…énigme.

Il est temps de sortir aussi la machine à coudre, et de refaire des coussins colorés. Tiens, avec le tissu africain de Raymonde. J’ai aussi de quoi faire un plaid avec ce morceau de tissu imitation fourrure. Si vous rentrez chez moi en décembre c’est ambiance safari garantie ! Faut bien rêver quand les jours raccourcissent, une touche de magie c’est obligatoire ! En cette saison le « entre chien et loup » a besoin d’un coup de pouce, petite.

Il faut que je sorte le vase de Vallauris de Mémé de son carton. J’ai vraiment peu de souvenirs de famille ,mes parents avaient peu d’objets et Benoit a débarrassé sans nostalgie, le monstre ! Avec les brocantes cet été j’ai collectionné et retrouvé des images de mon enfance, la même soupière, le même filtre à café. Donc j’ai des grand-parents adoptés et voilà. Et puis il y a Louis qui me parle des bals d’autrefois et de sa Paulette dont la photo trône sur la télé, son vélo à la main.

Petit à petit des objets se sont installés sur les étagères, ils me font des clins d’œil, m’écoutent quand je leur parle, murmurent en douce la nuit. J’ai bien fait de repeindre en blanc au mois de septembre, ils m’ont bien aidé mes nouveaux copains auvergnats. Trois murs blancs pour y voir les reflets qu’on veut, un ocre pour une consolation épicée qui sent la canelle comme le thé qui fume. Bon, il va falloir tenir toutes ces bonnes résolutions sinon tu coules comme la pluie sur les vitres, Clémentine. Chercher la recette du vin chaud et inviter les autres pour fêter les couleurs somptueuses de la forêt… le beau c’est du sûr ! Prune a commencé son CP avec un entrain d’aventurière, à l’assaut des mots et des histoires. Je devrais l’abonner à un magazine, elle qui va ouvrir la boite à lettres pour guetter une carte de son père, elle le trouverait alors… Nous n’avons pas eu de nouvelles de lui depuis plus d’un mois et cette décision de partir à Toulouse m’intrigue : une nouvelle Dulcinée peut-être, il n’y a pas de fumée sans feu… Si je n’étais pas revenue au village Prune n’aurait pas eu ce cadre de vie, cette petite école tranquille, la nature à notre porte, son oncle qui la fait rire et Louis ravi d’être un grand père d’adoption. Nous commençons à aimer notre caverne. Sophie vient prendre le café et m’apporter des bulbes de jonquilles à planter avec Prune ce soir. Demain nous irons acheter un framboisier : « à la Sainte Catherine tout bois prend racine » Merci Louis pour les dictons !