Épisodes précédents : Vincent et Lucile ( récemment séparés ) élevèrent Ella, Denis et Claire élevèrent Margaux mais découverte récente : à la maternité, il y a eu une négligence et les bébés ont été intervertis.

« Que les deux mois passés furent riches en émotion ! pensait Lucile. Riches et lourds ! Je n’oublierai pas notre première entrevue entre parents, surtout quand Denis désamorça l’angoisse qui faisait trembler mes mains en disant : « Lucile, je pense que nous serons d’accord : ce bouleversement doit nous apporter du bonheur en supplément et non du stress. Si nous y réfléchissions ensemble ? » »

Et nous y avons réfléchi. En pensant d’abord aux enfants. Elles ont souhaité se retrouver dans leur école habituelle, elles y sont et la fin de semaine nous installe peu à peu dans une vie nouvelle. Denis avait raison : du bonheur en supplément. Découvrir Margaux comme ma fille, j’en suis toujours émerveillée, elle est adorable et jongle avec bonheur avec ses deux mamans, comme elle dit.

Si l’appréhension d’Ella fondit tout de suite devant la douceur et l’affection de Claire, je vis bien sa réserve quand on lui présenta un grand géant noir comme son vrai papa. Mais, quand elle croisa son regard plein de joie et de tendresse, je vis son visage s’éclairer et je sentis que ces deux-là allaient s’adorer !

Aujourd’hui, elle court vers lui, se jette dans ses bras et je la vois fermer les yeux de bonheur : elle connaît enfin l’affection protectrice d’un papa. J’en suis très heureuse. »

Lucile fixait un bouquet dans le vase en opaline sans le voir vraiment mais une rose qui s’effeuilla attira son attention. Elle laissa sur le guéridon les pétales tombés. Leur rose tendre sur le bois acajou ajoutait une beauté mélancolique à la grâce délicate des roses qui se fanent.

Elle regardait le jardin. « L’automne est beau » , pensait-elle, mais ses impressions étaient mi-figue, mi-raisin : un voile de tristesse la rendait moins réceptive au charme feutré de cette arrière-saison. « Nous avons tout bien organisé mais, si Vincent revenait en France, il aurait son mot à dire. S’il voulait que Margaux aille chez lui un week-end sur deux, je la verrais peu… Reviendra-t-il ? Le bruit court et il n’y a pas de fumée sans feu ! »

Elle s’avisa subitement que c’était l’heure de la sortie de l’école et qu’Ella allait arriver. Vite, elle disposa sur la table un goûter pour au moins cinq enfants, elle avait toujours vu grand !