Le printemps d’Elliot Cloud L’été d’Elliot Cloud

Entre les stores

L’attention de Sean Baltimore fut détourné par sa plaque d’officier de police posée sur son bureau, léchée par le soleil de cette fin d’après midi, miroitant d’un éclat soudain.

Elle lui fit cligner de l’œil et d’un geste aguerri il agrippa le cordon du store et fit taire le rayon insidieux.

Sean était préoccupé par l’affaire de la petite Elsa. Elle avait l’âge de sa propre fille. Il pensait depuis longtemps que l’éducation sans père avait eu de l’influence sur cette jeune adolescente désinvolte. Il reconnaissait aussi que sa mère, Ellie, avait fait tout ce qu’elle avait pu pour conjurer le sort.

Ellie était une battante. Petite, lorsque Patrick, Cloud et lui partaient en aventuriers au-delà des périmètres autorisés, elle suivait de quelques mètres, buttée et tenace, les trois garçons au travers des buissons épineux, des forêts denses, des rochers escarpés.

Invariablement la gamine revenait juché sur le dos de Patrick ou de Cloud, s’accrochant à leur cou en leur criant à l’oreille qu’ils étaient ses chevaux fougueux.

Sean, plus chétif, avec ses deux ans de moins que les deux autres, n’avait jamais envisagé d’être un jour l’étalon sauvage d’Ellie.

Il était la tête pensante de la petite bande, connaissant le territoire comme sa poche et ayant le sens inné de la psychologie des gens et des animaux.

Cela lui avait permis de grimper facilement les échelons dans la police et d’avoir maintenant à ses ordres quelques uns de gars les plus musclés du coin.

Il avait une confiance absolue en Elliot Cloud. Malgré l’éloignement de celui ci pendant quelques années, la faute commise, la prison.

Sean connaissait l’homme.

S’il avait volé, il l’avait fait pour survivre.

Sean disait toujours à qui voulait l’entendre que tout flic qu’il soit, il ne mourrait pas de faim devant la poule de son voisin.

Il connaissait ce que pouvait endurer un gars en prison et était le premier à le défendre devant la médisance des habitants de la ville.

Il avait été le premier à se ranger dans le camp de Cloud lorsque celui ci entrepris de faire venir ses “bagnards” pour les aider à se resocialiser. C’est comme ça que les gens de la ville les appelaient : “les bagnards”. Sean en ricanait encore.

La parole de Sean avait du poids et ils furent à peu près tranquille quelques temps.

Lorsque Patrick trouva la mort, Sean se rendit compte assez vite que Cloud et Ellie se rapprochaient, il n’en fut pas étonné, cela allait de soi, l’histoire se poursuivait.

Lorsqu’il eut vent de ces soit disant histoires d’attouchements de Cloud sur Elsa, il compris le désarroi d’Ellie, mais ne bifurqua pas dans son jugement. Il connaissait suffisamment les difficultés d’Elsa, tous ses petits trafics pour pouvoir penser avec sérénité, et déclarer à sa femme outrée, que cette fille était cinglée, qu’elle était seulement jalouse, tu m’entends ? jalouse de la relation de Cloud avec sa mère.

Il savait que le temps réparerait. Sean aimait le temps. Le temps qui coule dans nos veines et fait repartir des battements de cœur que l’on croyait taris, oubliés, alors qu’ils n’étaient qu’embusqués.

Alors, oui. La petite Elsa, où était-elle ? Est ce qu’un des bagnards l’avait sauvagement agressé, découpé en morceaux et enterré dans la forêt ?

Il se méfiait lui aussi du dernier arrivé. Un type mauvais. Il en avait discuté avec Cloud. Celui ci lui avait dit qu’à la première incartade il le prévenait, qu’il ne ferait pas dans la dentelle avec ce gars là.

Peut-être que Cloud avait attendu trop longtemps ?

Il avait embarqué Solo, car il était le seul de la bande à avoir une relation privilégiée avec Elsa. Sean avait voulu l’interroger tranquillement. Et puis cela permettait de montrer à ces braves gens qu’il agissait, qu’il ne restait pas sans rien faire. Il calmait ainsi leur ardeur justicière.

Mais solo était un ange que l’aile d’une mouche abîmée faisait pleurer.

Le deuxième, Clem était un doux demeuré. Elsa n’aurait fait qu’une bouchée de ces deux là.

Trois fois championne de France de Viet vô Dao, cette fille était une arme redoutable.

Seul un esprit vicieux, la surprise, aurait pu avoir gain de cause d’Elsa.

Yohann avait le profil.

Sean, dans la lueur des derniers feux de ce soleil automnal, restait perplexe.

Comment allait-il faire sortir le loup de sa bergerie ?