Au bord de la margelle du puits dans le parc ombragé un rossignol semblable à ses confrères emplumés ne pense qu’à chanter en cette matinée de printemps ensoleillée. Florent lui ignore cette sérénade, il ne l’entend même pas, il se rend comme chaque jour dans la bibliothèque, sur le parquet un crissement de pneus. Il allume la lumière juste la petite luciole de la lampe de chevet bleue comme ça la semi-obscurité demeure, la lumière vive l’aveugle. Il caresse le dos des livres alignés dans les rayons, il pense à ce jour de mars 1982 dans ce train reliant Paris à Toulouse où sa vie a basculé, trente deux ans se sont écoulés mais les souvenirs le tenaillent. Depuis il porte une blessure à l’intérieur de lui qui ne se cicatrisera jamais. Ils étaient partis de Paris à 18 h 02 confortablement installés dans le wagon 18. Marie-Claire était invitée au Printemps des Poètes et pour lui être agréable, il lui avait promis de l’accompagner et de partir quelques jours avant pour visiter la ville rose qu’elle ne connaissait pas. On n’a pas le droit de briser une promesse. Cette nuit là, une mèche glissait sur sa joue, sur le blanc laiteux du visage de Marie-Claire, il avait tendu sa main pour la lui relever, il ne savait pas que c’était son dernier geste. Aux environs de 20 h 40, à quelques kilomètres de Limoges soudain résonne un bruit comme un coup de tonnerre, une déflagration. Un immense fracas tout autour, une explosion, des cris, des pleurs et puis plus rien, le trou, le vide, le noir, le chaos. Florent s’est réveillé un mois après à l’hôpital de Limoges. Et depuis ce jour-là, il vit retiré dans la propriété léguée par ses parents dans un petit coin d’Auvergne avec pour seuls compagnons son labrador Brutus, son chat Capri et sa bonne Mathilde. Ce matin-là, il ouvre son carnet rouge, l’encre a coulé comme ses larmes qui se déversent de ses yeux et qu’il essuie d’un revers de manche. Florent ne marche plus.

« LA VRAIE MORT, ce n’est pas mourir, mais c’est arrêter d’espérer, arrêter d’aimer, arrêter de croire, arrêter d’oser, arrêter d’avancer. LA VRAIE VIE c’est de continuer, encore et toujours, même devant la mort. » Louis EVELY