Le printemps de Clémentine

On commence à le laisser derrière, lui et son troupeau de nez bouchés, de pieds gelés et ses multiples bonjour à une pharmacienne terne et jaune.

Clémentine, matinale depuis le changement d’heure, devine le tremblement des arbres de la haie. Elle se met à leur chuchoter : « Allez-y ! Courage ! » en sirotant son café. Il en faut pour se renouveler, quelle leçon d’énergie la nature, et sans Prozac ! Clémentine se sent empoussiérée. Il faut suivre l’exemple, pense- t- elle : nouvelle coupe de cheveux, nouveau rouge à lèvres couleur capucine, vernis assorti, des trucs de filles pour la surface des choses. Bon, mais les orteils à l’air c’est pas pour tout de suite, cocotte. On se calme, on range pas le pépin, on bouscule pas l’optimisme au cas où il grippe.

Pour Clémentine Avril est un mois de résolutions : laver - à fond - la voiture, ranger - à fond - le grenier, écrire enfin longuement aux cousins, acheter la méthode Assimil d’Italien, langue printanière s’il en est, prendre un vrai petit déjeuner - assise - avec Vivaldi, surtout, surtout ne plus grignoter !! mais marcher, jeter l’ordinateur par la fenêtre, enfin presque (c’est possible ?) L’Appel de la forêt quoi !

Clémentine pense à un reste de peinture bleue pour repeindre le nichoir, celui où les oiseaux ne viennent jamais, c’est ça l’espoir. Elle sait qu’à leur place elle préfèrerait nicher à la cîme d’un pin et voir loin et puis migrer avec des oies.

Mais revenons à nos petits pissenlits ; la terre va reverdir et refleurir, qui sort le tour de son chapeau ? dans un mois le jardin va réclamer qu’on le chouchoute. Du travail, oui du plaisir, mais du travail ! Son dos.

Cléméntine est étonnée par l’ordre des choses, les cycles, le sérieux des rendez vous des saisons, elle qui aime les surprises et le vrac. Elle se dit qu’il est pas trop marrant ou fantaisiste le grand régisseur en chef.

Benoit, son frère, l’aide un tout petit peu, il préfère aller à la pêche. Clémentine l’accompagne parfois. Elle aime les rivières et leur musique qui roule. Les truites, elle s’en moque et l’eau est encore très froide. Mais les mouches dans leur boites, quelle patience, c’est de l’art. La journée s’agrémente souvent d’une boite de sardines à l’huile… Mais Clémétine y trouve ce qui s’apparente au luxe absolu en ce printemps 2014… la lenteur du temps arrêté et l’espace pour une pensée vagabonde et sauvage dépourvue de la pollution des médias ou autres marchands du temple. Un arrêt sur image. C’est difficile de s’ échapper. Clémentine pense à son voyage en Syrie il y a à peine six ans. Un vertige éprouvé devant les couches successives de l’histoire, la beauté des tablettes des premières écritures. Le cycle des saisons est comme ceux de l’histoire, vie et mort. Mais la terre gagne et le printemps revient même sur les ruines et les tombeaux. Il donne son nom à l’espoir, le printemps de Prague ou le printemps Arabe. On y prend la clef des champs, celle de l’horizon, une revivance ailée . Clémentine fredonne Brassens : « je bats la campagne pour dénicher la nouvelle compagne valant celle là »………. Ouais… mettre le texte au masculin on y pense entre deux allergies au pollen qui vous font les yeux rouges. Malgré le pessimisme ambiant et le progrès en câle sèche peut on encore se préoccuper de courir le guilledou en piétinant le jeune muguet ? sans qu’on se moque ? sans être traitée d’écervelée ? Mais on n’a pas encore parasité mon imaginaire !! malgré cette tv qui essaie de me manger la cervelle avec une épingle !! Clémentine met un gros pull et un k way dans son sac. Elle constate qu’elle devrait acheter des chaussettes. En respirant à fond il lui semble qu’elle respire vert tendre. Continuer à apprendre des chansons à la petite, découper les papillons qu’elle dessine, s’étonner qu’ils ne s’envolent pas. Un litre d’eau et du sirop de citron -très peu- elle part à l’assaut d’un petit volcan éteint pour voir jusqu’au Sancy.

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