Nous avions déjà fait connaissance avec Clémentine au printemps. Voilà qu’au cours de l’été, elle rencontre coup sur coup un grand nombre des personnages de ceux et celles qui ont écrits au printemps. Des clins d’œil que chacun tentera de retrouver…

« - Quand il reviendra le temps des cerises…….

  • oh là ! tu vas faire pleuvoir !
  • et ça suffit comme ça on dirait, tu as vu le port de reine des tomates… à pleurer !
  • juste assez pour faire mon coulis à l’ail…
  • il y a encore quelques fraises, je ramasse pour la petite.
  • donc, salade du jardin, spaghettis à mon coulis et côtelettes… espérons qu’elles seront à la hauteur ! Les auvergnats sont timides mais carnivores ! »

Fini le temps des cerises, c’est le temps du prunier.Il a été planté pour la naissance de la fillette ; on l’a appellée Prune. Un arbre comme un frère de lait. Il est tordu, les bras malingres, accablé de guêpes. Depuis longtemps Clémentine ne fait plus la cuisine ; peu d’occasions. Quand elle est revenue habiter la maison de ses parents après le divorce, elle avait perdu le contact étant partie à dix-huit ans. Elle avait pas mal roulé sa bosse, serveuse d’été et d’hiver un peu partout. Benoit avait rendu la maison plus confortable. Les amitiés d’enfance s’étaient évaporées. Cléméntine avait décidé de connaître un peu mieux les nouveaux venus, comme elle. Il avait fallu ruser entre deux orages. Le ciel avait été vivant pas bleu et imbécile. Elle avait donc accepté une sortie en groupe. Elle n’aimait pas vraiment ça ou alors avec de faux muets enfoncés dans leurs pensées et remplis par le paysage au point de vouloir le garder comme un cadeau intime. Clémentine souffrait de solitude et pourtant savourait le silence. Cependant elle avait fait mine de s’enthousiasmer. Après coup il y avait eu la fête de l’école. Fin août elle avait envisagé de les revoir chez elle pour regarder les photos de la balade et des enfants. Boris l’instituteur venait avec Fabrice dont la femme Sophie allait accoucher. Patrick apporterait les glaces plus tard. Le livreur à la camionnette blanche régissait le temps par ses passages. Violette, sa « fiancée » serait là aussi. Elle était bavarde et maigrelette, imbattable dans les dénivelés !! toujours excitée, même trop. Patrick dans ses tournées ne regardait pas sa montre… discutant ci et là. Il rentrait tard et souvent rose carmin. Clémentine connaissait cette façon d’être enjouée en dehors de chez soi, une façade. Elle avait elle même regagné son énergie pas à pas. Combien de fois s’était elle persuadée de la beauté du monde, là, derrière sa fenêtre… Elle s’était forcée à sortir alors. Elle s’était inventé des balises dans les étendues d’un Cezallier sans vagues ni bateaux. Un bosquet de genévrier ou d’épines- vinettes, un rendez vous d’amitié avec un busard volant très haut en cercles renouvelés sous les cumulus prêts à craquer sauvagement à l’heure où les ombres s’allongent.

Et bien sûr il y avait Louis ! son voisin qui se levait à l’aube pour respirer cette liberté fraiche qui rend libre et « débouche les tuyaux » comme la baleine bleue, disait-il. Il lui avait offert un café matinal quelques jours après son arrivée, pieds nus dans l’herbe. D’autres avaient suivis. C’était un vieux monsieur dont le frère Gaston était parti à l’hôpital. Il était simple et doux avec ses yeux de St Bernard et parlait tout seul aux mésanges. Plus jeune, il avait fait son service militaire dans la marine, sa tête était pleine d’images qui allumaient son regard gris bleu. Pas de mornitude chez lui.

Entre deux averses ils avaient peint les nichoirs en bleu et les avaient installés sur des piquets de bois « comme à Oléron quand j’étais en colo ! ». Elle y retournerait bien Clémentine, mais la vieille Twingo…

« - On se met où ?

  • sous l’appenti on ne sait jamais… J’avais envie de mettre une robe à bretelles mais ça va nous porter la guigne !
  • C’est l’été, la pluie est tiède ! et il y a longtemps que tu n’as pas mis une robe ma sœur ! »

Clémentine avait acheté des serviettes en papier avec des coquillages. « - On rêve comme on peut, hein Louis ? » « - Les voilà ! crie Prune.

  • Garez vous sur le côté, même si on ne cherche pas l’ombre ! »

La présence de Louis rassure Clémentine intimidée. A la fête de l’école elle a tenu le stand de pêche à la ligne. Prune était ravie. La fête avait ouvert une porte. Elle avait pris de nombreuses photos ce jour là. C’est alors que Boris lui avait raconté ses clichés nocturnes et printaniers. Depuis elle appelait l’instituteur « le ténébreux croqueur de lune ».

Ce jour de début septembre, tous avaient remis le compteur à zéro. Ils formulaient projets et résolutions. La rentrée était toujours une ouverture à l’odeur de copeaux de crayons noirs. Un été de plus, bronzés ou pas. Quelle importance ! Clémentine leva son verre et dévérouilla l’espoir.