Il faisait nuit quand il est rentré chez lui. Il a bouclé le portail, sorti les poubelles, éteint la lumière du garage et il est sorti sur la terrasse avec son appareil photo. Il l’a braqué en direction de la lune. Clic et re-clic. Deux clichés pour pouvoir choisir le meilleur. Il a déplié l’arrière de l’appareil pour faire apparaître l’écran. Il a fait défiler les photos dans le petit cadre vitré. Elles lui plaisaient. Il a basculé le bouton sur « off », tiré sur la porte coulissante du salon et rangé l’appareil dans une pochette qu’il a enfilé dans un tiroir de sa commode. Il s’est lavé les dents, déshabillé avant d’enfiler son pyjama. Ses vêtements formaient un tas sans forme dans un coin de la salle de bain. Son pyjama bleu marine avait gardé les traces de sa journée à rester en boule. Il est passé aux toilettes avant de tirer la chasse. Il a vérifié que toutes les ampoules étaient bien éteintes, puis, s’est dirigé à tâtons vers son lit. D’un coup d’œil, il s’est assuré que le réveil était bien enclenché pour le lendemain. Il n’a pas poursuivi la lecture de son roman. Il a juste laissé sa pensée flotter, lentement des bribes de sa journée ont rejailli. La décapotable noire dont la voix grave avait lâché des insultes par la vitre entrouverte parce qu’avec son vélo, lui, ne roulait pas assez vite. L’étrange réunion au cours de laquelle les élus les plus influents s’étaient distribués à l’avance les qualités de vices-présidents de la communauté de communes détournant l’élection. Ils se répartissaient par la même occasion les primes correspondantes avant de réclamer le gel de son salaire à lui, pour le salut de la Nation. La jeune fille aux yeux humides répétant « je n’ai rien fait, je ne sais pas ce que je dois arrêter de faire » après s’être faite sermonner sèchement par la colère d’une maman qui n’était pas la sienne. Depuis quelques temps, chaque jour, chaque nuit, Baptiste prenait rendez-vous avec la lune. Quelques secondes. Clic et re-clic, deux photos. Comme pour garder la trace d’un repère rassurant, d’une chose qui continue à tourner rond dans son monde à lui.

Vos témoignages

  • soir / un texte de Samy Say / 17 mai 2014 07:29, par CLO Claudette DANANCHER EJELVIN

    Angoisse du quotidien …

    Qui n’a pas connu ces moments de questionnement sur le sens de sa vie.

    heureusement il y a l’écriture, la poésie, la peinture et la photo de la lune qui chaque soir donne un peu d’espoir pour un lendemain qui sera peut-être surprenant.

  • soir / un texte de Samy Say / 14 mai 2014 21:00, par Véro

    Une succession de gestes bien huilés du quotidien comme si on s’évertuait à se rassurer tout est là bien en ordre le monde qui semble agresser troubler l’ordre du petit monde heureusement la lune est là…ouf ;-)