Nous avions déjà passé un moment du printemps avec Lucile, que nous retrouvons au bord d’un lac avec l’été. L’occasion fortuite de rencontrer Sophie, déjà aperçue lors de l’un de ses petits-déjeuners printaniers…

Sophie sortit de l’eau en rejetant en arrière ses longs cheveux. La baignade, le soleil, tout ce qu’elle aimait ! Et l’été commençait à peine : elle en soupira d’aise.

Des fillettes s’éclaboussaient en riant. Elle leur sourit puis, en fixant Anaïs, s’exclama, étonnée : « Margaux ! Quelle surprise ! « 

Elle s’approcha des fillettes que l’incompréhension avait immobilisées puis dit subitement : « Oh, excuse-moi ! Tu ressembles tellement à ma nièce ! »

Elles en rirent toutes trois et expliquèrent la méprise à Liliane et Lucile, les mamans.

* « Je voudrais habiter au bord de ce lac, dit Sophie. J’ai dû être une sirène dans une vie précédente, ajouta-t-elle en riant , l’eau est vraiment mon élément ! Mon mari est parti en barque avec un ami, ils espèrent pêcher un brochet ou, mieux, une perche arc-en-ciel : ils en seraient encore plus fiers ! Mais, dit-elle plus bas, comme s’ils pouvaient l’entendre, par prudence, j’ai glissé des côtes de porc dans le panier du pique-nique, en espérant qu’elles seraient à la hauteur si on devait les cuisiner ! »

Rires entendus.

Le lac d’Aydat leur offrait une plage de sable fin qui rivalisait modestement avec le bord de mer, mais, les jours de canicule, les estivants en appréciaient la fraîcheur due à l’altitude.

Ella et Anaïs s’adonnaient maintenant aux joies de la baignade sous l’œil attentif de leurs mamans, bien que la plage fut surveillée.

Allongée sur le sable, Sophie admirait la danse légère et colorée des parachutes ascensionnels sur un merveilleux fond de ciel bleu. Cette vision magnifique et apaisante fit naître en elle l’envie d’aller très prochainement prendre un baptême de l’air accrochée à l’un de ces parachutes qui planaient lentement comme des oiseaux multicolores. Quelle sensation elle allait éprouver !

Ses voisines de plage papotaient :

« Chacun de nous a un sosie, paraît-il « entendit-elle.

Elle prit alors part à la conversation :

« Oui, étonnant ! Cheveux blonds bouclés, yeux bleus et surtout ce sourire à fossettes irrésistible.

C’était incompréhensible que Margaux soit là mais, au premier regard, ce fut une évidence ! »

Après un silence :

« Quel est l’âge d’Anaïs ? »

Liliane répondit : « 9 ans ! Nous avons fêté son anniversaire hier ! « 

Rires de Sophie : » Incroyable ! Nous sommes invités à l’anniversaire de Margaux ce soir ! Elle a eu neuf ans hier mais,au dernier moment, son papa fut obligé de s’absenter pour son travail. Pris de court, ils ont remis la fête à ce soir où il sera de retour.

Liliane rit aussi de la coïncidence. Puis elle vit Lucile si pâle qu’elle s’inquiéta : « Tu ne te sens pas bien ? Tu veux aller te reposer ? »

S’adressant à Sophie : « Nous avons loué un chalet pour la semaine ».

« Attends, Lucile, je t’accompagne ! »

« Mais… les enfants… « s’angoissa Lucile.

« Il va être midi, elles vont rentrer avec nous. »

Liliane préparait la vinaigrette pour la salade, Anaïs mettait le couvert. Lucile était assise dans un fauteuil et Ella s’était blottie sur ses genoux. Elles se serraient très fort. Sans dire un mot. Elles sentaient tout proche le bouleversement qui les séparerait.

Liliane avait compris. Elle-même pensait à présent que trop de coïncidences n’étaient pas le fruit du hasard.

Plus tard, dans l’après-midi, elle accompagna les deux fillettes au bord du lac ; Lucile se reposait.

Sophie leur fit signe, elles s’installèrent près d’elle.

Pendant qu’Ella et Anaïs jouaient avec d’autres enfants, Liliane expliqua à Sophie les raisons du malaise de Lucile. Sophie était très attentive et visiblement troublée

Après quelque hésitation, elle prit à son tour la parole : « Vous voyez à quel point j’ai la peau mate, ma soeur aussi et mon beau-frère est guadeloupéen ! Ce petit bébé blond les a surpris, ses yeux bleus aussi. Mais nombreuses sont les brunes qui furent blondes étant bébés et les yeux bleus sont communs à la naissance et peuvent insensiblement virer au brun.

Ce ne fut pas le cas de Margaux. Mais ses parents s’attachaient de plus en plus à ce bébé rieur qui devint une blondinette espiègle et affectueuse qu’ils adoraient. Leurs soupçons n’existaient plus qu’en pointillés, ils auraient trouvé inhumain d’être séparés de leur si chère petite fille.

Mais le destin les rattrapait à la suite d’une rencontre fortuite. Les évènements se succèdèrent avec une rapidité inattendue. Les parents de Margaux se résignèrent à subir les examens qui révélèrent qu’en vérité, ils n’étaient pas les parents de Margaux.

Mais au déchirement de la séparation qu’ils redoutaient s’ajoutait une grande émotion : ils allaient rencontrer leur véritable enfant.

Lucile se trouvait absolument dans le même état d’esprit.