Monsieur Gaston se réveilla en sursaut. Quelque chose n’allait pas. Il n’aurait su dire quoi, mais il y avait quelque chose, dans le noir de sa chambre à coucher, qui n’était pas normal et l’avait sorti de son sommeil. Un bruit ? Une odeur ? Une douleur ? Il attendit dans l’obscurité, sans bouger, retenant sa respiration, attentif au moindre bruit… Etait-ce la chouette, venue le prévenir d’un malheur, qui l’aurait réveillé ? Que se passait-il donc ? D’où venait cette inquiétude soudaine ? La Louise ne bougeait pas dans le lit et, machinalement, il tendit sa large et grosse main rugueuse pour la toucher. Mais pas de Louise à ses cotés. Suis-je bête… se rappela-t-il soudain, il y a belle lurette qu’elle n’est plus, la pauvre Louise. Partie, elle aussi, comme tous les autres.

Pourtant Monsieur Gaston tendait l’oreille et attendait que ce qui l’avait réveillé se manifeste à nouveau. Mais peut-être rêvait-il justement, que quelque chose, l’avait réveillé, et, en réalité, dormait-il profondément ? Comment savoir ? Il voulut se tourner dans son lit, mais une espèce de torpeur lourde et sournoise le figeait. Lentement cependant, le temps s’égrenait, et Monsieur Gaston attendait toujours dans le noir. Si je rêve, il va forcément se passer quelque chose, se dit-il. Je me lèverai, peut-être, et si je ne rêve pas, au bout d’un moment, je vais bien me rendormir ….donc attendre sans bouger, est bien la meilleure des choses à faire… Mais l’instant d’après, l’agacement et l’impatience le gagnaient : Tout de même, lève-toi , lève -toi donc, s’invectivait-il…Ah, comme il aurait aimé envoyer promener les couvertures. Mais il était cloué au lit, et tour à tour il se répétait : Je vais bien me rendormir, quand même. Ou bien se lamentait : Bon sang de bonsoir, je vais bien arriver à me réveiller, plutôt que de continuer ce terrible rêve à la noix où il ne se passe rien d’autre que d’attendre dans le noir… !

Monsieur Gaston bailla parce que tout cela le fatiguait et lui donnait mal à la tête. Il voulut allumer la lumière, ainsi il y verrait plus clair…Mais ses mains étaient lourdes et refusèrent de lui obéir. Et là, l’espace d’un instant, il comprit qu’il rêvait vraiment. Puis, l’instant d’après, se ravisa : Bon sang, j’ai dû me paralyser, d’un coup, comme ça, en dormant, s’affola-t-il. Mais peut-être était-ce le rêve qui s’amusait à se transformer en cauchemar, pour mieux le tromper.

Monsieur Gaston était très angoissé et le temps lui semblait très long. Comment s’occuper l’esprit quand on ne peut qu’attendre dans le noir ? Aussi essayait-il de se rassurer : La nuit finira bien un jour, pour sûr, et, tôt ou tard le jour finira bien par se lever… Il pensa à ce qu’il ferait alors, car une fois que Monsieur Gaston serait réveillé, à condition qu’il se réveillât pour de bon, il savait bien que ce n’était pas le pain sur la planche qui manquerait. D’abord il irait pisser. Cela aussi c’était très bizarre. D’habitude, à son réveil, il avait toujours envie de pisser, mais là, rien. Ensuite, il descendrait boire son café dans le bol de la Louise. Il l’aimait bien ce bol. C’était celui qu’elle avait ébréché en faisant la vaisselle. Et elle le gardait toujours pour elle ensuite. Monsieur Gaston, lui, avait droit à l’autre bol, celui qui n’était pas ébréché, parfaite réplique du premier. Va savoir pourquoi, les femmes ont toujours cet espèce d’esprit de sacrifice agaçant, ronchonna-t-il intérieurement. Et depuis qu’elle était morte, il avait fait sien le bol de la Louise. Le grand bol de faïence blanche, au bord décoré d’une fine grille bleutée à gros pois blancs. Ce bol allait très bien pour y tremper la soupe du soir et le café du matin. Ensuite il irait se raser, se rafraîchir et s’habiller. Puis, il sortirait de la ferme.

Dans la chambre, il faisait toujours aussi noir et Monsieur Gaston, qui ne pouvait toujours pas bouger, laissa vagabonder son esprit en organisant sa journée. On était au printemps. Et il avait beaucoup à faire. Mais d’abord il fallait ouvrir aux deux chiens qui dormaient dans un coin de la remise. C’est en leur ouvrant grand la porte, qu’il s’aperçut que le tracteur, habituellement garé là, avait disparu. Décidément quelle drôle de nuit et quelle drôle de journée. Plus de Louise dans le lit, et plus de tracteur dans la remise ! La Louise, c’était normal puisque maintenant elle l’attendait au cimetière. Mais le tracteur, où était-il donc passé ? Cette contrariété le plongea dans une longue réflexion, et, la casquette en arrière, Monsieur Gaston se grattait la tête. Les deux chiens avaient filé sans demander leur reste. Il se retrouva seul, planté devant la remise grande ouverte et plus que jamais vide.

Dans la chambre plongée dans l’obscurité la plus totale, faute de pouvoir allumer la lumière, Monsieur Gaston aurait bien aimé ouvrir ses yeux. Peut-être avait-il simplement oublié de soulever ses paupières ? Il essayait, essayait, mais rien ne se passait. Elles semblaient si lourdes…on aurait dit qu’elles étaient collées, ou cousues, et, il ne put ni bouger un seul de ses cils ni s’aider de ses mains inertes. La nuit semblait devoir durer une éternité, une nuit blanche s’annonçait, dans le noir. Il pensa à la Louise qui en parlait souvent de ses nuits blanches. Mais, à l’époque, il n’écoutait pas ses jérémiades, lui même bien trop préoccupé par ses travaux de la ferme. Ses nuits, à lui, elles étaient courtes, il s’endormait épuisé, dès la tête posée sur l’oreiller. Quand il se réveillait, il croyait toujours qu’il venait de se coucher un quart d’heure plus tôt. Et, instantanément, il se projetait auprès de la vache qui allait vêler, du champ à labourer, des foins à rentrer avant l’orage, de la moissonneuse en panne, de la clôture à réparer… Il n’avait que faire des plaintes de la Louise, et de ses nuits blanches. Une nuit blanche, il ne savait pas ce que c’était. Quand on dort, on est dans le noir. Mais quand on ne dort pas on est dans le noir aussi. Alors les nuits blanches… Tout à coup, il se dit que la Louise devait y être pour quelque chose. Elle était revenue se venger et allait lui montrer ce que c’était de ne pas dormir toute une nuit entière. Mais Monsieur Gaston n’allait pas se laisser faire. Les fantômes, il n’y croyait pas. On vit, on meurt. Entre les deux, on fait ce qu’on peut, avec le temps qu’on a. Sauf que là, il était coincé, toujours dans le noir, il ne pouvait pas bouger et encore moins savoir s’il dormait ou rêvait. Un vrai cauchemar ! Nuit blanche. Une fois de plus, il repensa à la Louise, qui, les samedis soir, fredonnait toujours la ritournelle de son enfance : demain c’est dimanche, la fête à ma tante, qui balaye les planches, avec sa robe blanche… Et cette chanson, qui autrefois l’agaçait prodigieusement, semblait si réelle tout à coup. La petite voix douce de sa Louise semblait toute proche, maintenant. Nuit blanche, fantôme en robe blanche, tout ça lui disait bien quelque chose. Un souvenir, comme un éclair blanc, surgit tout à coup dans les méandres noires de son cerveau : LE PRE DE LA DAME BLANCHE ! Bon sang, bien-sûr ! Le pré où le tracteur était embourbé ! Faut dire aussi qu’avec la pluie qui tombait drue, pas étonnant qu’avec cette bouillasse, il s’y soit enlisé, dans le bas de ce pré. Mais aussi, qu’avait-il besoin d’aller là bas ? Monsieur Gaston ne s’en rappelait pas. Il se creusait la tête à essayer de trouver une réponse : qu’est ce que j’ai bien pu aller trafiquer dans le fond de ce pré, se sermonna-t-il, avec ce tracteur qui n’en peut plus, tout comme toi d’ailleurs, mon pauvre vieux Gaston. Tu le voyais bien, bon sang de pipe, qu’il pleuvait comme vache qui pisse, avec un vent à décorner les bœufs. Le coucou te l’avait bien assez chanté, pourtant. Tu le sais bien quand même que c’est toujours comme ça au printemps, continuait intérieurement Monsieur Gaston, très remonté contre lui même. Au printemps c ’était toujours la même chanson. Un coup il faisait trop chaud, l’instant d’après on se gelait. C’était la faute aux nuages. Quand le soleil sortait on avait trop chaud. Alors, on quittait le pull, ou le gilet, et on restait en « marcel ». On suait comme un bœuf, et tout à coup, un nuage venait mettre la pagaille, un coup de vent glacial et, hop, on remettait le pull. Evidemment, on ne prenait pas le temps de se laver les mains et le pauvre tricot, que la Louise avait fait, en voyait de toutes les couleurs. On recommençait comme ça, toute la journée. C’était ça le printemps.« En avril, ne te découvre pas d’un fil, en mai, fais ce qu’il te plait ! » , sauf que c’était du matin au soir qu’on voyait défiler avril et mai, avec le vent, la pluie, le soleil. Chacun en faisait à sa tête, à la façon d’un orchestre dont les instruments se seraient disputés la place pour jouer le concert du printemps. Et les pauvres tricots de Monsieur Gaston en faisaient les frais. Détrempés, raccommodés, rafistolés, les côtes des manches refaites d’une couleur, reprisées aux coudes d’une autre couleur, ils ne ressemblaient plus à rien, ou du moins se ressemblaient tous. Monsieur Gaston était donc toujours habillé pareil. En délavé. Les couleurs ? Envolées, parties, sous les intempéries. Trempées de pluie, quand elles essayaient de sécher, puis, roussies par la chaleur d’un feu un peu trop près, ou bien raidies, par le gel de l’hiver, car la Louise, oubliait ses lessives, aussi bien dedans que dehors. Il fallait du temps pour sécher toutes ces gros lainages, et la Louise n’avait pas toujours les yeux sur les tricots de Monsieur Gaston. Elle achetait la laine les jours de foire, ou de marché, quand elle était lasse de détricoter, de faire les écheveaux, les laver, les démêler une fois séchés au vent du printemps, et de les tricoter à nouveau en gardant les vaches, ou plus tard, au coin du feu, quand viendrait l’hiver. Mais les jolis tricots de belle laine neuve, finissaient toujours comme tous les autres. Uniformément délavés, sans couleur réelle. Couleurs sempiternelles de variantes de marron d’automne, couleur de la nature et de la terre travaillée, et dégradés de vert clair et foncé, des verts printemps, énième printemps de Monsieur Gaston. Combien en avait-il de printemps justement ? Il ne s’en souvenait plus. Décidément sa mémoire était capricieuse.

Mais Monsieur Gaston, seul, figé dans son lit, dans sa chambre toujours aussi noire, sans pouvoir bouger le moindre orteil, à l’affût du moindre bruit, de la moindre première lueur d’un jour plein de promesses, continua de se concentrer sur sa journée.

Après que les chiens étaient revenus de leur promenade matinale, il leur donna à manger. Puis il se rendit au poulailler pour ouvrir aux poules, donna du grain, remplit les abreuvoirs, et ramassa quelques œufs, vérifia les clapiers des lapins, leur remit du foin et de l’eau ; Ensuite, il se rendit à l’étable, mais il se rappela qu’il n’avait plus de vaches, et fit demi-tour. Le potager l’appelait, et les outils l’attendaient. Donc, il entreprit de buter ses poireaux, d’éclaircir ses carottes et navets, de désherber les plans de salade, de pommes de terre, de courgettes et de potirons. Il bêcha, piocha, ratissa, arrosa, se courba, s’échina, transpira, jura, et s’arrêta enfin, perclus de douleurs.

Monsieur Gaston se réveilla avec une terrible envie de pisser et cette fois, il sut qu’il était réveillé et bien réveillé. Il s’assit au bord de son lit, puis se leva. Un faible rai de lumière filtrait de derrière les volets et il se dirigea vers la porte des toilettes mais il se cogna dans une chaise. Que faisait cette chaise en plein milieu de la chambre ? Dans la pénombre, il chercha la porte des toilettes, qu’il ne trouvait plus, en longeant et effleurant le mur d’une main tremblante. Il finit par trouver un interrupteur. Aussitôt la lumière l’éblouit et il mit quelques instants à s’en remettre. Quand il put enfin voir et bien voir, Monsieur Gaston ne reconnut pas sa chambre. Ce lit, n’était pas le sien. Où étaient passés la grande armoire de chêne, le joli dessus de lit de coton blanc crocheté de Louise et le coussin à fleurs ? Les rideaux avaient disparu, ainsi que la descente de lit. La commode avait rétréci et le napperon, le cadre de mariage, où étaient-ils ? Une porte entrouverte lui permit d’entrevoir un wc et un lavabo, mais ce n’étaient pas les siens. Il s’y précipita tout de même en se disant, que le cauchemar continuait sans doute, mais au fond de lui, Monsieur Gaston savait très bien qu’il était réveillé, mais, où donc se trouvait-il ?

Quand il ressortit des toilettes, il se dirigea vers l’autre porte, fermée, de cette pièce inconnue. Il essaya de l’ouvrir mais elle était verrouillée, et il n’y avait pas de clé. Alors il commença à paniquer. Ou était-il ? Qui l’avait enfermé ? Il secoua la poignée et tapa contre la porte en appelant. Il s’arrêta pour écouter si derrière la porte, quelqu’un venait le délivrer. Aucun bruit. Il tapa à nouveau, s’arrêta, tapa à nouveau en appelant, puis attendit. Mais rien. Aucune réponse. Monsieur Gaston, commençait à se fatiguer, et à avoir froid. Il chercha des yeux ses vêtements. Il s’habilla tout en tremblant, sans quitter son pyjama, et en jurant. Celui qui lui avait fait cette mauvaise blague, allait avoir à faire à lui. Il avait autre chose à faire que d’attendre dans cette chambre qui n’était pas la sienne. Il devait aller s’occuper des trois chiens, des vaches qui meuglaient pour la traite, et de son tracteur embourbé. Il mit son gros anorak car dehors il devait faire très froid, puisqu’il était gelé, et ajusta sa casquette. Il enfila ses pantoufles, sans voir qu’il s’était trompé de pieds. La Louise, qui l’avait sans doute enfermé là, allait bien venir lui ouvrir, quand elle serait revenue. Mais pourquoi, non de non, l’avait elle enfermé dans la chambre. Une blague, une lubie ? Peu importe, après tout : elle va voir de quel bois je me chauffe… tempêta Gaston . Et pour commencer, il fallait ouvrir cette satanée porte. Il avait besoin d’outils. Il était en colère et ouvrit les tiroirs de la petite commode sans ménagement. Il chercha sous les slips, les mouchoirs et les chaussettes. Rien. Il ouvrit l’armoire, démolit les piles de chemises, tricots, maillots de corps et autres pyjamas qui jonchèrent le sol. Il fit voler les bretelles dans la chambre, ainsi que les cintres, les vestes et les pantalons et pesta tant qu’il put mais, rien. Dans le tiroir du chevet, qu’il retourna, rien non plus qui puisse lui être d’une quelconque utilité. Il retourna dans la petite salle de bain, et vida entièrement l’armoire de toilette, rien. Que des choses inutiles, dentifrice et brosse à dents, savon, rasoir électrique, peigne, après rasage et eau de Cologne. Rien.

Désespéré Monsieur Gaston s’immobilisa. Il avait trop chaud avec son anorak, il était essoufflé, fatigué et il avait faim, et surtout très soif. Un café lui ferait du bien, d’ailleurs, il lui sembla sentir, une très bonne odeur familière. Alors il s’approcha à nouveau de la porte verrouillée, et attendit derrière, car, cette fois, le parfum de café était bien réel. Il tambourina à la porte en appelant :

  • Louise, Louise t’es là ? Ouvre cette porte nom de D… et il secoua la poignée, tant qu’il put. Il s’arrêta, écouta et recommença.

Derrière la porte, enfin, un petit bruit de clé. Elle s’ouvrit toute grande sur une dame en blanc, au visage souriant qui lui dit :

  • Bonjour Monsieur Gaston. Bien dormi ?

Et sans lui laisser le temps de répondre, continua :

  • Oh là, là, déjà habillé, et en anorak en plus, mais vous aurez bien trop chaud. Regardez comme il fait beau aujourd’hui.

Elle ouvrit les volets et le soleil inonda la pièce. Puis d’un ton autoritaire, elle enchaîna, en joignant le geste à la parole :

  • Quittez moi, ça, vous êtes en sueur. Vous avez encore mis la chambre sens dessus dessous.

Mais Monsieur Gaston recula et commença à bégayer devant cette femme en blanc qu’il ne connaissait pas.

  • Non,… non, non, je,… je, je, il faut que j’aille au pré de la dame blanche.
  • Auprès de la dame blanche vous y êtes, Monsieur Gaston, c ’est moi la dame en blanc, dit-elle. Je suis là Monsieur Gaston. Allez, enlevez votre anorak, vous aurez trop chaud et…
  • Non, c’est le pré de la dame blanche, comprenez, c’est le tracteur qu’est là bas. Il est embourbé et je…
  • Oui, je sais, le tracteur est embourbé…
  • Ah, vous êtes au courant, alors…
  • Oui, le tracteur est embourbé, on le sait déjà, et on l’a dit à votre frère…
  • Ah, mon frère est au courant, ah, ben ça va alors…
  • Oui, il va s’en occuper, ne vous inquiétez pas Monsieur Gaston, venez boire votre café et quittez cet anorak, vous aurez trop chaud.
  • Oui, mais les bêtes attendent…
  • Oui, je sais, monsieur Gaston, mais c’est votre frère qui va s’en occuper. Vous savez bien, que c’est votre frère qui s’occupe de la ferme maintenant.
  • Ah, ? C’est mon frère qui s’occupe de la ferme, ah ? ah bon ? ah ben ça va, alors.

Et, un temps soulagé , Monsieur Gaston, retira son anorak, suivit docilement la dame en blanc jusqu’à la salle à manger où il y avait d’autres vieux comme lui. Mais il ne reconnut personne. Il déjeuna avec un bol blanc, qui était trop lourd, trop petit et pas ébréché. Il se contenta d’y tremper quatre biscottes déjà beurrées, et recouvertes d’une fine couche de confiture. Il aurait bien repris un bol de café et une autre part de confiture sur une bonne et grosse tranche de pain, que la Louise aurait coupé dans la couronne du boulanger. Mais, il n’y avait rien de tout cela à coté de son bol et il n’osa rien dire. Il se leva de table, en demandant combien il devait, mais la dame en blanc répondit que son frère avait déjà payé et qu’il ne devait rien, qu’il ne fallait pas qu’il s’inquiète. Alors il quitta la salle à manger et chercha son chemin. Une autre dame en blanc marchait vers lui et il s’arrêta pour lui demander, tout en quittant sa casquette :

  • Pardon Madame, vous pourriez m’indiquer le chemin pour me rendre au pré de la dame blanche, mon tracteur est emb…
  • Je sais , Monsieur Gaston, bonjour Monsieur Gaston, mais c’est votre frère qui s’occupe de tout ça maintenant, vous savez bien, ne vous inquiétez pas.
  • Ah, …ah, bon alors…et qu’est ce que je fais ?
  • Allez dans votre chambre, Monsieur Gaston !
  • Ah, j’ai une chambre ici ? ah, c’est bien alors, fallait le dire, je savais pas, je…
  • Venez je vous ramène.

Et monsieur Gaston, une fois de plus, suivit la dame en blanc. Mais, arrivé devant la porte de sa chambre, une autre dame en blanc, armé d’un balai commençait le ménage.

  • Venez Monsieur Gaston, on va aller à l’animation, cela vous changera les idées.

Et Monsieur Gaston suivit docilement, encore une fois, la dame en blanc, qui le conduisit auprès d’autres vieux, comme lui, assis autour d’une table ronde. L’animatrice était en train d’effacer le programme de l’animation de la veille et dit :

  • Bonjour monsieur Gaston, asseyez vous. Aujourd’hui c’est la lecture du journal. Puis s’adressant à tout le monde, elle continua :
  • Vous vous souvenez de ce qu’on a fait hier en animation ?

Mais monsieur Gaston ne répondit pas. Il réfléchissait. Juste avant de s’asseoir, il avait eu le temps de lire les lettres blanches, tracées à la craie la veille, d’une écriture appliquée, sur le tableau noir de l’animation :

jeudi 20 mars 2014,

PRINTEMPS

Vos témoignages

  • L’auteur a bien su montrer l’état d’esprit de son personnage et la vie dans les campagnes autrefois. Le texte cependant gagnerait en force s’il était un peu élagué ; il n’est pas nécessaire de tout dire dans les moindres détails. L’idée de la chute est très bonne. Cette nouvelle est un bon reflet du drame de la fin de vie de beaucoup de personnes.

    • LE PRINTEMPS DE MONSIEUR GASTON / un texte de Véronica petit-chêne / 7 juin 2014 09:50, par Veronica Petit-Chêne

      Bonjour Jane,

      merci de vous encouragements, ça fait très plaisir, c’est la première fois que des personnes inconnues me lisent (merci Domi)…

      Il y a du travail encore…

      Magnifique, nouvelle que celle de Françoise, où je me retrouve complètement…

      Au plaisir de vous lire.

      Véronique