• Je ne sais pas ce qui t’arrive, mais je te sens un peu triste, plutôt crispée en ce moment : je t’ai connue tellement autre, si gaie, si joyeuse et je sais aussi que dans ces cas-là, tu n’as besoin que d’une seule chose : une grosse bouffée d’air frais.
  • Comme toujours, tu as tout compris : c’est vraiment mon jour de chance, c’est la providence qui t’envoie, pas possible. Comme tu sais, effectivement, j’ai eu une année particulièrement difficile… Je t’en ai souvent parlé et ça continue… Il est vrai que si je ne fais pas un break tout de suite, je risque vraiment de finir en feu d’artifice ; j’ai peur que ce ne soit pas très beau à voir…..
  • Cela tombe plutôt bien : j’ai quelques jours de dispos et dans l’état où je te vois j’ai juste envie de te surprendre et de t’offrir un peu de rêve, en ce mois de juillet… Si tu es d’accord, rendez-vous dimanche matin à 8h sur la place du village. Ne t’encombre pas ; juste un p’tit sac à dos avec quelques fringues, de bonnes chaussures de marche, un appareil de photos, je me charge du reste… La nature nous fera le plus grand bien…

CHRISTIAN arrivait à point… C’était l’ami de toujours… Celui qui l’avait courtisée un temps, mais la vie en avait décidé autrement ce qui ne les avait jamais empêchés, malgré tout, de rester très proches et en très bons termes. CHRISTELLE lui vouait une amitié toute particulière… Ils s’étaient mariés tous les deux. CHRISTIAN avait eu un fils JULES qu’il élevait désormais seul, sa femme ayant disparu de façon brutale dans un accident d’avion et CHRISTELLE, n’ayant pas rencontré le prince très charmant, lors d’un premier mariage, avait rapidement divorcé. Ils avaient d’un commun accord décidé de faire de leurs deux solitudes une richesse en s’appelant ou en se retrouvant pour un temps chaque fois que cela leur serait nécessaire. Pas d’amour entre eux, malgré une immense complicité baignée de douceur et de tendresse infinie…

CHRISTELLE atteignait la cinquantaine ; elle était si belle que les quelques rides naissantes qui se dessinaient peu à peu sur son visage ne lui donnaient que plus de force et plus d’éclat. Elle avait toujours eu soin de veiller à sa silhouette si bien que de dos, on l’eut volontiers prise pour une toute jeune fille. Comme à son habitude, elle arriva naturelle et rayonnante au rendez-vous fixé. Ses yeux pétillaient de bonheur et de désir prête à se laisser porter par les projets de son ange gardien de quelques jours dont elle appréciait particulièrement la joie et le sourire rassurant comme celui de SAINT-BERNARD qui l’avait tant troublée lors d’un de ses nombreux passages à la très belle abbaye de CITEAUX. CHRISTELLE était une angoissée de nature, mais cette fois encore, dès qu’elle vit CHRISTIAN, elle comprit qu’il était temps de s’aventurer ensemble, de sortir de la triste speeditude ambiante pour goûter enfin la douceur de vivre. CHRISTIAN était directeur d’une grosse boîte de pub ; il gagnait bien sa vie mais se demandait souvent si le bonheur n’était pas ailleurs. Il fallait faire vivre son fils, préparer son avenir, il était seul avec lui, il assurerait même si au plus profond de lui, il rêvait en secret de tout larguer pour tenter la vraie réussite : celle de ses désirs et de ses envies. Lui et CHRISTELLE étaient deux de ces êtres qui ne peuvent se contenter, comme beaucoup, de traverser l’existence, de s’y construire un bien-être pensé par d’autres, sans jamais se poser la moindre question. Rouler sa bosse de ci, de là, afficher les sourires de circonstance, faire mine d’être heureux… Trop peu pour eux… Une autre densité, une autre profondeur les appelait… Pour un temps bien trop court à leur goût, elle allait prendre le visage d’un trekking dans L’HIMALAYA !