En ce dernier lundi d’avril, Alphonse était parti à pied au marché, avant le lever du soleil, pour aller rechercher le coq de germaine, grand vainqueur du concours avicole du chef lieu de canton. Ah comme elle était fière de son coq, Nono, et de son prix.

D’un pas alerte, il avait rejoint par les chemins vicinaux, le chef lieu de canton, distant de quelques kilomètres de son village. Un peu de marche à pied ne pouvait pas nuire à son taux de cholestérol.

La foule des beaux jours était présente au milieu des étals, et juste avant la halle de l’exposition avicole, Alphonse rencontra trois vieux copains, des classards qu’il n’avait pas revu depuis l’année dernière.

Belle occasion d’aller arroser ces retrouvailles à la terrasse du café « la bascule » un nom prédestiné, juste en face du foirail. Le temps passait, les souvenirs s’égrenaient et les tournées de ce maudit vin blanc, qui vous faisait claquer de la langue à chaque lampée, montaient en puissance.

Alphonse, dont les dents du fond commençaient à baigner dans ce foutu liquide, quitta ses amis un peu après 10 heures et gagna la halle d’un pas hésitant. Pas de chance, si les organisateurs et Nono le coq étaient bien là, la cage de transport du volatile préféré de Germaine avait disparu. Alphonse dû se résoudre à prendre son coq par les pattes le coinçant sous son bras gauche et à se laisser passer la médaille de Nono autour du cou.

Sur le chemin du retour, la chaleur aidant, Alphonse avançait d’un pas traînant, rallongeant son parcours de fréquents zigzags, évitant là un poteau, plus loin le parapet du petit pont. Alors qu’il s’asseyait sur les pierres supportant la croix du cheval mort pour récupérer un peu, il entendit, au dessus de lui le chant d’ une alouette.

En se relevant, il commença à sifflotter la comptine « alouette gentille alouette » puis il se mit à chantonner…

« je te plumerai la tête » et là, avec ses doigts libres il arracha une, puis deux, enfin toutes les plumes de la tête de Nono. Puis poursuivant sa chanson ….

« Je te plumerai le cou » il entama largement le cou.. Nono se débattait, car bien qu’il ne connaisse pas les paroles, il se doutait de la suite. Ah il n’avait pas tort le volatile car Alphonse, maintenant chantait à tue-tête… avançant à grandes enjambées, pressé de finir la comptine, arrachant par poignées l’habit de fête du coq « Et le dos, et le dos »

« et les pattes et les pattes, et la queue et la queue »

Alphonse, la breloque du prix bringueballant d’un côté et de l’autre du cou, braillait les paroles, le coq chantant la perte de son beau plumage, quand une silhouette se planta devant eux. Germaine boudinée dans son tablier bleu, les mains sur les hanches, passant par tous les stades de la surprise à la plus noire des colères :

"T’as encore picolé au marché ! On ne peut pas te faire confiance ! Et il est où Nono ? »

Alphonse dégrisé par la vue de sa douce moitié, avait planqué le coq dans son dos, mais celui-ci entendant sans doute la voix de sa maitresse, fit un effort pour s’extirper de cette facheuse position.

Un hurlement déchira le calme champêtre « Nono, mon Nono, mais qu’est ce que tu lui as fait, espèce d’abruti ! Il t’a plumé, il est tout nu mon coq !

« Ben oui, quoi, j’ai rencontré une alouette sur le chemin et.. »

Une claque derrière la tête le fit repartir vers la ferme, Germaine saisissant Nono par le cou, son sort étant scellé !

Mardi midi fut donc jour de coq au vin, et Alphonse ne remit pas les pieds au marché pendant plusieurs semaines, Germaine ayant profité de sa sieste avinée pour lui mettre la boule à zéro.