Nous avions eu la chance de rencontrer Olga et Gabriel au cours de leur printemps de Kiev, à retrouver grâce à ce lien. Il est possible aussi de faire plus ample connaissance avec Alphonse

Bon dieu de bon dieu ! qu’est ce qui t’arrive mon pot ? Tu es bourré ou quoi ? Electrocuté je crois… Electro quoi ? La foudre…tombée sur moi… Sapristi qu’est ce qui faut faire ? Me ramasser…m’emmener aux urgences… Bon attends je vais chercher une charrette ! Ambulance…faut une ambulance…aller aux urgences… Bon je rentre, et je demande à la Germaine de téléphoner aux pompiers.

Pris de court mais avec un sourire rassurant de St Bernard, Alphonse promet à Gabriel de courir plus vite qu’un lièvre en chaleur et de lui envoyer dare dare une armée de brancardiers auvergnats.

Olga elle a quitté Kiev, Olga a pris ses cliques et ses claques, Olga a fui son pays, l’Ukraine, en dérive depuis le début du printemps. Elle erre quelque part en Bulgarie. Un sms laconique a réveillé Gabriel au creux d’une sieste : « Suis en Bulgarie. Me dirige vers l’Italie…plus de crédit… » Gabriel met ses lunettes, lit, relit, va chercher une carte de l’Europe : « Mais elle a déjà traversé la Roumanie… ? Comment ça ? À pied, en camion, en avion… ? Oh my God ! Dio mio !…Que faire…attendre un nouveau signe…partir en Italie… ? Où la chercher ? Où la trouver ?

Gabriel a enfourché son vélo, pour aller suer sang et eau au pied de l’un de ces anciens volcans qui ronronnent, et intimer au mental de la boucler. Son mental pourtant pédale aussi vite que ses jambes : « Bulgarie…Italie…pourquoi…comment… ? » Il ne voit pas l’orage arriver. Il roule depuis un sacré moment quand, d’un énorme cumulonimbus gris anthracite arrivent les premières gouttes de pluie puis, l’espace d’un éclair, droit sur lui comme une fusée, une foudre foudroyante. Gabriel éjecté du vélo avec vigueur gît maintenant au milieu du chemin. Au printemps Gabriel avait lu Olga dans le ciel…Gabriel n’a pas vu le ciel s’obscurcir et s’ouvrir.

Alphonse passe par là une bonne heure après. Il a attendu la fin des précipitations au bistro dit « La Bascule », où il s’est plus que désaltéré. Quand il voit l’épave de Gabriel, il se demande dans quel film il tourne….Bon dieu de bon dieu….saperlipopette…

Gabriel sent une raideur dans ses jambes. Comme du plomb trop lourd à remuer. Il grelotte dans ses vêtements mouillés. Il voit Alphonse zigzaguer au bout du chemin qui le mène chez la Germaine. Il regarde son vélo à quelques mètres de son corps inerte. Le désespoir s’abat sur lui comme la foudre qui l’a jeté à terre.

Il était prêt à retourner à Kiev pour la belle saison. Son château en Ukraine s’écroule sous un ciel d’orage.